Expéditions et nouveau monde/La vie quotidienne des pirates
La vie quotidienne des pirates

La vie quotidienne des pirates

Nota Bene17 min3 févr. 2022
11 chapitres
  • Introduction et contexte des pirates(0'001'45)
    Exploration de la vie quotidienne des pirates de l'Âge d'Or de la Piraterie, peu documentée dans les sources historiques mais reconstituée grâce aux travaux des historiens.
    Les historiens s'accordent à dire que les pirates vivaient comme des marins ordinaires. Le Musée National de la Marine, réparti sur plusieurs sites (Paris, Port-Louis, Toulon, Brest, Rochefort), conserve des collections permettant de reconstituer cette vie quotidienne.
    Henri Duhamel du Monceau, inspecteur des constructions navales, donne sa collection personnelle de modèles de navires à Louis XV en 1748. La collection est d'abord conservée au Louvre, puis au Palais de Chaillot à Paris.
    • Modèles remarquables de bateaux et tableaux décrivant les ports et combats navals • Objets du quotidien, armes, ornements de galères comme ceux de la galère la Réale du temps de Louis XIV • Bibliothèque précieuse incluant des ouvrages rares comme les Aventures de Monsieur Robert, dit de Beauchêne, capitaine de flibustiers
  • Vocabulaire des hommes de mer(1'454'11)
    Mercenaires engagés par un royaume pour attaquer les navires ennemis. Exemple : Jean Bart servit Louis XIV lors de la guerre de la Ligue d'Augsbourg. Les corsaires possèdent des lettres de marque prouvant la légalité de leurs activités et peuvent être considérés comme prisonniers de guerre s'ils sont capturés.
    Littéralement hors-la-loi, attaquant qui ils veulent sans contrat. Considérés comme ennemis par tous et généralement exécutés par pendaison en cas de capture, contrairement aux corsaires.
    • Boucaniers : chasseurs des jungles caraïbéennes, excellents tireurs originaires de grillade de viande (boucan) • Flibustiers : compromis entre pirate et corsaire, terme néerlandais vrijbuiter (libre butineur), actifs surtout aux 16e et 17e siècles • Flibustiers peuvent recevoir lettres de marque ou utiliser de fausses lettres pour attaquer des compatriotes ou nations neutres
    Les différences entre ces catégories sont parfois nettes, parfois floues. Des corsaires refusent d'attaquer leurs propres nations, devenant des corsaires non officiels. Des flibustiers engagent boucaniers pour leurs talents de tireurs, transformant ces chasseurs en marins.
  • Vie commune à bord des navires(4'116'15)
    Le travail d'équipe est primordial pour manœuvrer les navires. Beaucoup d'aspects de la vie quotidienne sont mis en commun : dormir ensemble sur le pont ou dans les cales, prendre les repas ensemble. Cette proximité facilite l'étude historique mais complique l'archéologie car les objets individuels sont rares.
    • Pichets, bouteilles, chandeliers, vêtements, chaussures, couverts • Vaisselle en terre cuite, métal, et porcelaine asiatique saisis lors de captures • Compas, astrolabes, plombs de sonde liés à la navigation • Cloches de navire permettant d'identifier les bâtiments avec précision
    • Outils de charpentier, cordonnerie, ferronnerie pour l'entretien et réparation • Instruments de chirurgie et répression (scies, menottes) • Monnaies, poids, tonneaux pour les échanges commerciaux
    Quand un navire coule, il entraîne tout avec lui. L'épave du Vasa (1628) a permis de retrouver des peignes et un tonneau scellé contenant du beurre conservé depuis trois siècles par isolation et sel environnant.
  • Armement et tactiques de combat(6'159'50)
    Sur les 1746 objets trouvés dans l'épave du Speaker (ancien navire négrier pris par le pirate John Bowen en 1700), près de 1190 sont liés à l'armement. Les épaves regorgent de balles, munitions pour canons, incluant des boulets ramés destinés à fracasser les mâts et de la mitraille pour balayer les ponts supérieurs.
    • Pirates privilégient souvent les navires plus petits, plus légers, plus rapides avec moins de fond comme les sloops ou corvettes • Les gros navires sont difficiles à capturer et à naviguer, d'où le début avec de petites embarcations voire des barques • Petits navires permettent de jouer sur la vitesse et de semer les assaillants en empruntant zones inaccessibles ou en remontant cours d'eau
    Les pirates préfèrent terroriser leurs victimes pour les réduire à l'impuissance plutôt que de combattre. Ils hissent le Jolly Roger, poussent des cris ou utilisent des astuces spectaculaires comme Barbe Noire s'entor­tillant des mèches enflammées dans sa barbe.
    • Tir depuis la hune des mâts avec mousquets ou fusils, domaine d'excellence des boucaniers • Sabres et poignards d'abordage, tromblons et espingoles redoutables à courte distance • Pistolets à silex (Barbe Noire en portait parfois jusqu'à 8), grenades en fonte de fer, pots à feu en terre cuite remplis de poudre, bombes artisanales bricolées avec bouteilles en verre
  • Trésors et richesses(9'5011'02)
    L'image du coffre pirate bien rempli est popularisée par les films et romans d'aventures. Le coffre de marine de Nuremberg du 17e siècle du musée de Toulon illustre cette imagerie, bien que ces coffres servaient à bord plutôt qu'à terre et étaient même parfois vissés sur le pont ou dans la cabine du capitaine.
    Quelques belles pièces d'or ou d'argent sont occasionnellement retrouvées au fond des eaux. Le pirate la Buse aurait jeté le plan d'accès de son coffre à la foule le jour de son exécution, défi rarissime dans la pratique pirate.
    Les pirates dépensent ou revendent généralement leur butin plutôt que de l'enterrer. Vu les risques du métier, ils ont intérêt à profiter immédiatement et ne font pas de plans d'épargne ou projets de retraite.
    Malgré la rareté de véritables trésors enfouis, l'espoir de découvrir un trésor comme celui de la Buse fascine les chercheurs à la manière d'Indiana Jones.
  • Loisirs et distractions des marins(11'0212'09)
    • La pipe, usage rendu démocratique avec l'essor des plantations de tabac aux Antilles • Sculpture au couteau sur bois pour accessoires comme des étuis à pipe, sur os ou dent de cachalot • Exemple : dent de cachalot gravée représentant Fanny Campbell, célèbre pirate
    • Les marins chantent pour se donner du cœur à l'ouvrage et jouent de la musique quand ils le peuvent • Jeux de dés ou de cartes, généralement interdits même sur certains navires pirates (Black Bart les interdisait pour de l'argent)
    Malgré ces loisirs, la plupart des marins de l'époque ont peu l'occasion de se reposer sur le pont pour fumer la pipe en sculptant du bois. Il faut quand même travailler.
    Bien que la nourriture et l'eau soient prévues à bord, elles peuvent se gâter en route : humidité, rats, mauvais conditionnement provoquant des maladies comme le scorbut et parfois des mutineries.
  • Alimentation et ressources en mer(12'0913'40)
    • Ramasser l'eau de pluie en la filtrant avec de la toile • Tremper vêtements, accessoires et bottes en cuir dans l'eau salée avant de les cuire • Ramasser la ration d'un marin mort qu'on prétend toujours vivant, chasser les rats
    Marins traversant l'Atlantique raffolent des lamantins et tortues de mer, peu difficiles à chasser. Les tortues, rapides en nage, sont faciles à immobiliser sur terre ferme avant d'en faire un casse-croûte.
    On coupe les nageoires de la tortue jusqu'à ce qu'elle se vide de son sang, puis on la cuit ou on la met directement sur le dos sur le feu pour en faire une soupe. Les œufs sont très prisés comme substitut nutritif et comme substitut à l'huile d'olive.
    Marins débrouillards appliquent des tuyaux transmis de génération en génération pour exploiter les ressources du voyage et compenser les insuffisances des provisions de bord.
  • Animaux exotiques à bord(13'4014'55)
    On associe les pirates aux perroquets ou singes, image popularisée par l'Île au Trésor de Robert Louis Stevenson (édition de 1885 consultable au musée). Certains singes servaient effectivement de mascottes à bord.
    Les pirates trimballaient des bestioles exotiques non pour le plaisir mais parce que cela rapportait de l'argent. Perroquets du Brésil étaient prisés en Europe pour leurs plumes et capacité à imiter la parole. Le Vieux Monde raffolait des singes pour jouer des singeries, sortes de petits spectacles.
    Marins, pirates ou non, avaient le droit de capturer quelques singes ou oiseaux en Amérique ou Afrique, de les conserver dans une cage sur le pont, avant de les vendre en Europe à bon prix.
    En 1582, une guenon valait un peu plus de 45 livres, contre 50 pour un bœuf, montrant l'intérêt économique de ce commerce.
  • Identité et distinction des pirates(14'5516'30)
    Un pirate n'est jamais qu'un marin qui a voulu se révolter, voire se mettre à son compte sans chercher à mettre le monde entier à dos, ce qui arrive pourtant assez vite.
    Pour les historiens et archéologues, étudier la piraterie c'est étudier la vie des marins de l'époque car il est assez difficile d'exposer avec certitude qu'un élément est typiquement pirate. Actuellement, six épaves véritablement liées à des pirates datées entre 1699 et 1722 ont été identifiées.
    Aucun navire pirate n'a jamais été créé spécifiquement à cet effet. Les navires pirates les plus connus comme le Queen Ann's Revenge de Barbe-Noire ou le Great Ranger de Black Bart sont d'anciens navires de guerre, marchands ou négriers reconvertis.
    • Les pirates s'habillaient comme les autres marins avec parfois plus de tissu s'ils trouvaient une cargaison • Pas de boutons, coffres ou tricornes pirates • Cache-œil et jambe de bois reflètent les conditions de travail des marins en général, pas la piraterie
  • Le Jolly Roger et symboles pirates(16'3017'07)
    Le Jolly Roger est l'objet indiscutablement pirate dont existent encore de rares exemplaires d'époque. Ce pavillon caractérisait à lui seul l'esprit de la piraterie, une vie joyeuse et courte, symbolisée souvent par un squelette jovial jouant avec un sablier.
    Seul le Jolly Roger permet de différencier l'équipement d'un pirate de celui de n'importe quel marin de l'époque. C'est aujourd'hui encore un symbole universel de rébellion et d'insoumission.
    Hors ce pavillon, il n'y a rien qui différencie vraiment l'équipement d'un pirate de celui d'un marin ordinaire, comme on peut en voir au Musée National de la Marine sur ses différents sites.
    Un moyen bête de reconnaître un pirate : le foutoir. Les pirates se servaient au gré de leurs prises et expéditions, donc très vite leur matériel n'était plus très raccord et ressemblait vraiment plus à rien comparé à la discipline des navires de guerre.
  • Conclusion et remerciements(17'0717'49)
    Malgré le peu de réelles distinctions visuelles, les pirates ont quand même réussi à rendre Jack Sparrow stylé au cinéma, faut souligner l'effort.
    Merci au Musée National de la Marine pour ce partenariat permettant de reconstituer la vie quotidienne des pirates.
    • Site de Paris • Site de Toulon • Site de Port-Louis • Site de Brest • Site de Rochefort
    Merci à tous d'avoir suivi cet épisode. À très bientôt pour de nouvelles vidéos sur Nota Bene.