Époque contemporaine/5 naufrages (injustement) méconnus
5 naufrages (injustement) méconnus

5 naufrages (injustement) méconnus

Nota Bene13 min12 déc. 2022
Certains de ces drames ont fait date, et on pense bien évidemment au Titanic... Mais d'autres navires ont sombré, moins célèbres, mais qui méritent vraiment qu'on s'y attache.
6 chapitres
  • Le Republic et la révolution de la radio(0'594'30)
    Le Republic est un paquebot de 173 mètres et 15.000 tonneaux, mis en service en 1903 par la White Star Line. Il est principalement utilisé sur la ligne méditerranéenne pour transporter des immigrants européens vers les États-Unis.
    • Le 23 janvier 1909, le Republic entre en collision avec le Florida, un paquebot italien chargé de plus de 800 immigrants • Le Florida éventre le Republic au niveau de sa salle des machines dans le brouillard dense près de l'île de Nantucket • Six personnes meurent sur le coup, tandis que les générateurs d'électricité du Republic sont détruits
    Jack Binns, l'opérateur radio du Republic, lance un signal de détresse crucial. Le paquebot Baltic intercepte le message et se dépêche de secourir les passagers des deux navires. Tous les passagers et membres d'équipage sont sauvés après un transfert périlleux durant la nuit.
    Le Republic coule 40 heures après la collision. La radio est désormais reconnue comme une révolution pour la sécurité maritime, et Jack Binns devient un héros international. Seules six personnes sont mortes, ce qui contraste fortement avec les naufrages ultérieurs.
  • L'Empress of Ireland : le naufrage-éclair(4'306'50)
    L'Empress of Ireland est un paquebot prestigieux de 1906, l'un des plus imposants de la ligne entre Québec et Liverpool. Son capitaine Henry Kendall est expérimenté et réputé compétent.
    • Le 28 mai 1914, le paquebot quitte Québec avec 1.500 personnes à bord pour remonter l'estuaire du Saint-Laurent • Un brouillard soudain rend impossible la communication entre l'Empress of Ireland et le Storsad, un navire norvégien • Les cloisons étanches sont imprudemment restées ouvertes pour permettre la circulation des mécaniciens
    Le Storsad transperce complètement l'Empress of Ireland. L'eau s'engouffre à grande vitesse par la brèche et les cloisons ouvertes. Malgré l'ordre du capitaine Kendall au Storsad de continuer pour boucher le trou, le navire norvégien bat en retraite et l'Empress coule en seulement 15 minutes.
    Seulement 465 survivants sur 1.500 passagers et membres d'équipage s'échappent avec cinq canots. L'Empress of Ireland engloutit 1.012 personnes, un bilan proportionnellement plus grave que le Titanic. Lord Mersey enquête mais conclut rapidement à une erreur de navigation.
  • L'Admiral Nakhimov : erreur radar en mer Noire(6'509'09)
    L'Admiral Nakhimov est à l'origine le Berlin, un paquebot allemand mis en service en 1925. Réquisitionné comme navire-hôpital pendant la Seconde Guerre mondiale et endommagé par des mines en 1945, il est remis en état par les Soviétiques et connaît une seconde vie comme navire de croisière.
    Le 31 août 1986, l'Admiral Nakhimov croise le cargo Piotr Vasev en pleine nuit en mer Noire. Le capitaine Tkatchenko du Piotr Vasev affirme que tout est sous contrôle grâce à sa toute nouvelle technologie radar, ignorant que son appareil est faussé ou mal lu.
    • Le Piotr Vasev fonce droit sur l'Admiral Nakhimov et l'éventre littéralement • La nuit est chaude, ce qui sauve ceux restés sur le pont en écoutant un concert • Ceux qui doraient en bas avec les hublots ouverts pour respirer sont condamnés par ces petites voies d'eau
    Le bilan est de 400 morts et 800 rescapés. Un procès condamne les fautes des deux capitaines à quelques années de prison. L'accident est attribué à une simple erreur humaine plutôt qu'aux dysfonctionnements du régime soviétique.
  • Le Doña Paz : le naufrage oublié de l'Asie(9'0911'34)
    Construit et utilisé au Japon dans les années 1960, le Doña Paz connaît une seconde vie aux Philippines comme ferry desservant les différentes îles de l'archipel. Le navire est vieillissant avec des normes mal respectées.
    • Prévu pour 1.500 passagers maximum, le navire en transporte souvent plus du double • Le 20 décembre 1987, plus de 4.400 personnes se trouvent à bord lors du départ de Tacloban pour Manille • L'équipage n'est pas sérieux : seul un apprenti est à la passerelle tandis que le capitaine et les officiers font la fête
    Vers 22h30, le Doña Paz entre en collision avec le pétrolier Vector, un navire tout aussi vétuste et mal équipé. Le Vector est éventré et sa cargaison prend feu, embrasant les deux navires et les eaux environnantes.
    Plus de 4.000 personnes trouvent la mort dans les flammes, principalement parce que les gilets de sauvetage sont inaccessibles et que fuir est impossible. Seuls 27 survivants sont récupérés par le ferry Don Claudio. C'est le plus grand naufrage depuis le Titanic, mais peu en parlent car il concerne l'Asie.
  • Le Joola : le coût des pavillons de complaisance(11'3413'03)
    • Les pavillons de complaisance représentent 70% de la marine marchande mondiale en 2015 • Ces faux pavillons visent des pays pauvres avec des normes de sécurité basses et un droit du travail relâché • Le non-respect des règles de sécurité élémentaires devient une pratique systémique motivée uniquement par les économies
    Construit en Allemagne en 1990, le Joola est un ferry conçu pour naviguer près des côtes sénégalaises. Il est théoriquement équipé pour 500 passagers, mais la maintenance fait défaut au fil des années et les règles de base ne sont plus respectées.
    Le 26 septembre 2002, par une mer agitée, le Joola est secoué puis chavire en moins de dix minutes. On estime que près de 2.000 personnes se trouvaient à bord, soit quatre fois la capacité réglementaire. Beaucoup se trouvaient sur le pont pour échapper à la chaleur, déséquilibrant le navire.
    • Le bilan officiel est de 1.863 morts, mais certaines associations l'estiment trop faible • La justice rejette la faute sur le commandant, décédé durant le naufrage, ce qui est pratique pour éviter les responsabilités • Plusieurs ministres sénégalais perdent leur poste, mais le problème systémique des pavillons de complaisance persiste
  • Conclusion : la banalité des catastrophes(13'0313'48)
    Les cinq naufrages présentés ont un point commun : la banalité. Ce ne sont pas des drames romantiques comme le Titanic face à un iceberg, mais plutôt des accidents dus à la maladresse, l'incompréhension et les pratiques véreuses.
    • Erreurs de navigation et manque de visibilité (Republic, Empress of Ireland, Admiral Nakhimov) • Incompétence et non-respect des règles de sécurité élémentaires (Doña Paz, Joola) • Pratiques économiques douteuses comme les pavillons de complaisance (Joola, Doña Paz)
    Malgré leur absence de romantisme, ces catastrophes ont fait périr des centaines ou des milliers de personnes. Le Doña Paz et le Joola sont des exemples particuliers du syndrome de la « mort kilométrique » : les drames loin des regards occidentaux reçoivent moins d'attention.
    La question demeure : à quand le prochain drame ? Les pavillons de complaisance continuent de prospérer et les normes de sécurité restent mal respectées, suggérant que des catastrophes similaires pourraient encore survenir.