
La révolution de 1848 - Comprendre la IIe République : partie 1
8 chapitres
- Introduction et contexte de la Monarchie de JuilletEnjeu de la vidéoLa Deuxième République est une période méconnue de l'histoire française qui a duré à peine 4 ans avant que Louis-Napoléon la transforme en Empire. Cette vidéo explore les origines de cette République avant Bonaparte, avec sa vraie révolution et ses réformes.Régime politiqueLa Monarchie de Juillet (depuis 1830) est une synthèse entre la monarchie conservatrice et la révolution libérale, créant un régime favorable à la bourgeoisie avec le suffrage censitaire limité aux 250 000 personnes les plus fortunées.Politique de GuizotFrançois Guizot résume la politique du régime par la phrase : « Enrichissez-vous, et vous deviendrez électeurs ». Il s'impose comme ministre dès 1840 lors d'une grave crise économique.Double crise• Crise économique ancienne : mauvaises récoltes, production insuffisante, montée des prix, famine et émeutes • Crise économique moderne : s'élargit à tous les secteurs, chômage explose, économie souffre davantage
- Naissance de la crise politique et les banquets réformistesRigidité gouvernementaleGuizot refuse catégoriquement d'élargir le suffrage censitaire. Toutes les réunions politiques sont interdites, empêchant les opposants de diffuser leurs idées ou faire pression sur le pouvoir.Stratégie des banquetsDébut 1847, Odillon Barrot et ses partisans organisent de grands banquets réunissant des centaines de personnes pour contourner l'interdiction des réunions politiques et diffuser massivement leurs opinions politiques.Escalade des toasts• Premiers toasts : « à la réforme électorale » • Toasts plus radicaux : « à l'égalité », « à la fin de la corruption », « au suffrage universel » • Apparition du mot « Révolution »Catalyseur révolutionnaireLe banquet du 22 février 1848 à Paris, bien qu'interdit par les autorités, dégénère en manifestation puis en émeute : pillage d'armureries, érection de barricades, mais la Garde nationale préfère ne pas intervenir.
- L'insurrection de février et l'effondrement de la MonarchieEscalade de la révolte• 23 février : nouvelles barricades apparaissent en plus grand nombre, femmes prennent activement part aux affrontements • Guizot démissionne, des explosions de joie dans les rues • Nuit du 23-24 février : coups de feu partent, des émeutiers meurent, leurs cadavres sont promenés en chariot comme des martyrsLégitimité de l'insurrectionAprès l'exposition des cadavres des émeutiers tués, chaque point d'insurrection est visité durant la nuit. Le ralliement devient total : l'insurrection est légitime et doit continuer.Chute du régime24 février : le palais des Tuileries est encerclé de barricades. Louis-Philippe abdique en faveur de son petit-fils de 9 ans, Philippe d'Orléans, mais l'assemblée est envahie par la foule et toute la famille royale s'enfuit vers l'Angleterre.Naissance de la RépubliqueUne acclamation se répand : la monarchie n'est plus. La République est née. Les révolutionnaires se divisent autour de deux journaux : Le National (républicain modéré) et La Réforme (plus radical sur les évolutions sociales).
- Formation du gouvernement provisoire et réformes initialesComposition gouvernementale• Présidé par Jacques Dupont de l'Eure (carrière depuis la Première République) • Membres modérés : Lamartine (poète aristocrate) et libéraux • Membres radicaux : Louis-Antoine Garnier-Pagès et Alexandre Ledru-Rollin • Membres de gauche : Ferdinand Flocon, Louis Blanc (penseur socialiste) et Alexandre Albert-Martin (ouvrier Albert)Débat sur les prioritésLes modérés veulent se contenter du passage du suffrage censitaire au suffrage universel. Les socialistes souhaitent aussi une réorganisation du travail et une diminution du chômage, argumentant que la République ne peut exister sans évolution des rapports économiques.Réformes consensuelles• Abolition de la peine de mort politique • Abolition de l'esclavage (fruit de l'humanisme du régime et des luttes des esclaves dans les colonies) • Institution du suffrage universel (tous les hommes peuvent voter)Exclusions et soutiensLes femmes restent exclues du suffrage universel malgré l'essor des idées féministes au début du 19e siècle. La nouvelle République reçoit l'adhésion des monarchistes conservateurs et des catholiques, certains prêtres bénissant même des arbres de la liberté.
- Élections de l'Assemblée constituante et basculement conservateurContexte électoralLes élections de l'Assemblée constituante sont prévues pour avril 1848. Seulement deux mois pour organiser des élections auprès d'une population paysanne, souvent non politisée et illettrée, qui représente désormais une enjeu majeur grâce au suffrage universel.Pression sociale rurale• Vote au chef-lieu de canton en procession, souvent affrontant les cortèges des villages rivaux • Vote au vu et au su de tout le monde • Beaucoup ne savent pas écrire et doivent demander à quelqu'un d'écrire un nom sur le bulletin • Poids majeur du maire, du curé ou du châtelain localRésultats électorauxSur 880 députés, seulement un quart est socialiste. Plusieurs centaines de royalistes, plus ou moins déguisés sous étiquette républicaine. Par l'expression du peuple, la République a pris un brusque virage conservateur.Conséquences politiquesLa nouvelle Commission exécutive ne compte aucun socialiste. Le 15 mai, une manifestation en faveur du Printemps des Peuples est réprimée : l'extrême-gauche parisienne est décapitée avec l'arrestation de Albert, Barbès, Blanqui et Raspail.
- Crise de juin et émergence de Louis-Napoléon BonaparteAteliers nationauxLes ateliers nationaux, grands chantiers lancés par l'État pour embaucher des ouvriers et limiter les tensions sociales, deviennent un foyer pour l'extrême-gauche qui y diffuse ses idées. Le gouvernement impose aux ouvriers de moins de 25 ans de rejoindre l'armée et aux autres de partir en province.Élections partielles de juinDes figures socialistes réapparaissent : Pierre-Joseph Proudhon, Pierre Leroux, et Louis-Napoléon Bonaparte lui-même. Bonaparte, élu avec soutien des ouvriers, démissionne aussitôt. Il est un aventurier ayant développé une pensée politique utopiste socialiste dans son ouvrage « L'extinction du paupérisme ».Répression de juinLe 22 juin, les ouvriers retournent aux barricades contre le démantèlement des ateliers. Le général Cavaignac organise une répression sanglante causant des milliers de morts et de prisonniers. Autoritaire, Cavaignac prend la tête du gouvernement.Polarisation politiqueQuatre mois seulement après les barricades révolutionnaires du 22 février, un militaire les rase en prenant le pouvoir. Les ouvriers méprisent désormais le gouvernement tandis que la bourgeoisie craint les « rouges » et leur possible insurrection.
- Gouvernement Cavaignac et élection présidentielleTournant conservateur• Éléments de gauche évincés voire poursuivis (Louis Blanc s'exile quelques mois après son passage au gouvernement) • Limitation du temps de travail annulée • Censure restaurée • Recul des engagements pris dans les mois précédentsConstitution de la IIe RépubliqueLe régime s'organise autour de deux pouvoirs : le législatif (Assemblée élue pour 3 ans votant les lois) et l'exécutif (Président élu au suffrage universel pour 4 ans, non rééligible). Cette non-réélection vise à empêcher qu'un homme ne détourne le vote populaire.Candidats à la présidence• Cavaignac : défenseur autoproclamé de l'ordre et de la République • Ledru-Rollin et Raspail : incarnent le mouvement ouvrier • Lamartine : ancien poète, espère avoir de bons soutiens • Nicolas Changarnier : candidat royaliste • Louis-Napoléon Bonaparte : auréolé de la gloire de son oncle, séduit une partie de la gaucheStratégie conservatriceLes conservateurs et royalistes ne peuvent faire campagne directement (rappellent trop la Monarchie de Juillet). Adolphe Thiers, ancien chef de gouvernement, adopte une stratégie : faire venir Bonaparte, décrit comme « un crétin qu'on mènera ». Son nom le fera élire et les conservateurs pourront ensuite mener la danse.
- Résultats de l'élection présidentielle et bilan de 1848Victoire de Bonaparte• Bonaparte : 5 millions de voix (environ 75%) • Cavaignac : 1,5 million de voix • Ledru-Rollin : 380 000 voix • Raspail : 37 000 voix • Lamartine : 0,3% (lui qui triomphait quelques mois plus tôt) • Changarnier : 0,06%Implications électoralesBonaparte est non seulement élu mais plébiscité, notamment dans les campagnes. Les conservateurs se réjouissent pour leur poulain. Cependant, il n'est pas certain qu'un homme décrit comme « crétin » soit aussi manipulable qu'ils l'espèrent.Contradictions de 1848• Des monarchistes initialisent un mouvement, des républicains le récupèrent, puis des monarchistes le détournent à leur profit • Des ouvriers soutiennent la naissance d'un gouvernement, quatre mois plus tard ce gouvernement tire sur eux • Abolition de la peine de mort politique mais ouverture du feu sur une contestation politique • Femmes très impliquées dans la révolution mais totalement exclues du suffrage universelGrande leçon historiqueLa révolution enseigne que faire tomber un régime n'est pas le plus difficile. Le plus dur est d'établir un nouvel ordre des choses. Cette leçon compliquée résonne encore aujourd'hui.





