Égypte/Les Égyptiens étaient obsédés par la mort ?
Les Égyptiens étaient obsédés par la mort ?

Les Égyptiens étaient obsédés par la mort ?

Nota Bene23 min7 mars 2022
14 chapitres
  • La mort en Égypte ancienne : terminologie et représentation(0'592'35)
    En égyptien, « mourir, être mort » se disait « moute » et s'écrivait avec un hiéroglyphe montrant un homme sur le flanc. D'autres expressions plus métaphoriques existaient : on pouvait dire qu'un défunt est « parti » ou s'est « endormi ».
    • Les défunts étaient appelés « ceux qui se reposent » • « ceux qui sont en paix » • « les Occidentaux » (référence au royaume d'Osiris à l'ouest du Nil où se trouvaient les nécropoles)
    En Égypte ancienne, le concept de mort n'avait pas de forme particulière, contrairement à d'autres cultures avec leur squelette encapuchonné. Les morts n'étaient jamais représentés autrement que sous la forme qu'ils avaient de leur vivant.
    Pour pouvoir régénérer, le défunt avait besoin d'un corps intègre et protégé par la momification. L'état de squelette était donc incompatible avec la pensée égyptienne vis-à-vis de la mort.
  • Les représentations et la philosophie de la mort(2'353'56)
    Le défunt était toujours représenté dans ses activités quotidiennes. Le roi pouvait être figuré en train de faire des offrandes aux dieux, tandis que les particuliers géraient leurs possessions et étaient accompagnés de leur famille.
    « Être mort » en Égypte, ce n'est pas tant quand le cœur cesse de battre, mais plutôt quand la respiration s'arrête. Le « souffle de vie » était un élément essentiel de l'existence, un don divin reçu à la naissance.
    Des rituels comme l'ouverture de la bouche étaient destinés à rendre au défunt toutes ses capacités afin qu'il puisse se déplacer dans l'au-delà, se nourrir et avoir des relations sexuelles.
    Si le corps n'était pas entier et protégé par ses bandelettes et ses amulettes, il ne pouvait plus recevoir les offrandes et vivre à tout jamais auprès des dieux.
  • Les causes de décès en Égypte ancienne(3'566'04)
    L'âge idéal que tout un chacun voulait atteindre était 110 ans. La vieillesse était associée à la sagesse, et certains textes mettent en avant des vieillards qui appelaient la mort, considérant qu'ils avaient eu une vie suffisamment longue et bien remplie.
    • La maladie pouvait frapper à n'importe quel moment, en période d'épidémie ou de manière aléatoire • La médecine était très développée en Égypte ancienne avec des traités de gynécologie, ophtalmologie et soins dentaires • Une large part de la pratique médicale était liée à des formules magiques et des remèdes inspirés de croyances mythologiques
    Piqûre de scorpion, morsure de serpent, attaque d'hippopotame ou de crocodile, chute mortelle sur un chantier. Toutes sortes de dangers menaçaient les Égyptiens chaque jour.
    Bien que l'Antiquité égyptienne ne soit pas particulièrement marquée par la guerre, chaque période a connu son lot de campagnes militaires durant lesquelles les soldats côtoyaient la mort et les blessures graves.
  • Les inégalités face à la mort et la philosophie égyptienne(6'046'53)
    Seuls les plus riches pouvaient s'offrir une tombe décorée et équipée, et se faire momifier afin d'affronter les épreuves de l'au-delà. Les plus modestes n'avaient pas de sépultures durables et étaient enterrés à même le sable ou dans des tombes communes.
    Le monde des morts reproduisait les inégalités du monde terrestre. Les pauvres laissaient très peu de vestiges, ce qui rend difficile pour les archéologues de connaître leurs traditions funéraires.
    Qu'on soit riche ou pauvre, bon ou mauvais, la mort est inévitable et irrémédiable.
    La philosophie des Anciens Égyptiens était assez simple : il faut profiter de son temps de vie au maximum pour qu'une fois la vieillesse venue, la mort puisse nous prendre le plus paisiblement possible pour nous mener vers le royaume d'Osiris.
  • Les esprits des défunts et leur interaction avec les vivants(6'538'38)
    Les Égyptiens craignaient que les esprits des défunts ne reviennent sur terre pour perturber leur existence. Si les rites ou les offrandes n'étaient pas effectués correctement ou à temps, les morts pouvaient revenir sous forme d'esprits pour intervenir dans le quotidien des vivants.
    • Les « lettres aux morts » permettaient aux Égyptiens de demander à leurs défunts d'interférer dans leurs affaires pour régler des conflits ou des successions • On pouvait demander à ses proches disparus de protéger ceux qui restaient sur terre
    Des formules magiques pouvaient être récitées pour ordonner aux morts de ne pas intervenir dans les affaires des vivants. Des rituels pouvaient renforcer la formule, par exemple en fabricant une petite statuette et en la détruisant par le feu.
    Si les vivants craignaient les morts, les défunts craignaient pour leur part d'être oubliés et que les vivants cessent d'honorer leur mémoire ou de leur accorder les offrandes nécessaires à leur vie dans l'au-delà.
  • Le pillage des tombes et les mesures de protection(8'3810'37)
    Les tombes contenaient des formules appelées « appel aux vivants » dans lesquelles les propriétaires rappelaient les devoirs qui incombent à ceux qui restent sur terre. D'autres inscriptions dissuadaient les pilleurs en les menaçant de tourment sur terre et de damnation dans l'au-delà.
    Malgré toutes les précautions, le pillage des tombes a existé dès l'Antiquité. L'intrusion dans les tombes et le vol du mobilier et des bijoux intervenaient généralement juste après l'enterrement, quand la tombe était facilement accessible.
    • C'était avant tout l'appât du gain qui poussait les pilleurs à agir • Les momies étaient souvent dégradées car les voleurs cherchaient à s'emparer des amulettes en matières précieuses cachées dans les bandelettes • Certains pillards brûlaient le corps pour l'empêcher de revenir les hanter
    À différentes époques, des prêtres ont sorti des momies de leur tombeau pour les replacer dans des cachettes où elles seraient à l'abri de toute dégradation, comme à Deir el-Bahari dans le sud de l'Égypte où ont été retrouvées les momies de Ramsès II, Thoutmosis III et Ahmôsis.
  • La vie religieuse et le culte des dieux en Égypte(10'3712'52)
    Tout était lié au divin en Égypte ancienne, du petit caillou à la course du soleil dans le ciel. Les Égyptiens étaient profondément imprégnés de croyances et de pratiques qui faisaient intervenir dieux et déesses au quotidien.
    • Dès la naissance, plusieurs déesses accompagnaient l'accouchement pour assurer un acte serein • Chaque individu recevait un nom qui incluait souvent le nom d'un dieu, appelé nom « théophore » • Exemples : Ptahhotep (« Ptah est satisfait »), Padiamon (« Celui qu'a donné Amon »), Ramsès (« Celui qu'a enfanté Rê »)
    De petits autels pouvaient être dressés dans les demeures en l'honneur de telle ou telle divinité, voire même en l'honneur d'un pharaon défunt et divinisé. Les autels accueillaient généralement des statuettes, des bassins à libation ou des tables d'offrandes.
    • Les dieux populaires dans les foyers incluaient le nain Bès, le cobra Ouadjét et le vautour Nékhbét, tous destinés à protéger la maison • Selon le métier pratiqué, on pouvait se placer sous le patronage du dieu associé : Ptah pour les artisans, Thot pour les scribes, Montou pour les soldats
  • Pratiques religieuses publiques et culte au temple(12'5214'02)
    Les Égyptiens pouvaient se rendre au temple dont certaines zones étaient accessibles au public. Ils pouvaient ainsi prier, apporter des offrandes, et avouer de mauvaises actions pour se faire pardonner et ne pas compromettre leur régénération dans l'au-delà.
    À certaines époques, des lieux étaient dédiés aux oracles, afin que tout un chacun puisse interroger la divinité sur son avenir ou celui de sa famille. Le dieu répondait par « oui » ou par « non » en fonction des mouvements de sa statue ou de la barque dans laquelle il était présenté.
    Les nombreuses fêtes et processions organisées tout au long de l'année en l'honneur des dieux majeurs donnaient l'occasion à la population de voir l'image même du dieu qui, d'ordinaire, était cachée au fond des temples.
    C'était un événement que de voir les statues sorties de leur naos, la pièce dans laquelle elles étaient gardées, pour parcourir les rues et participer à différents rites en son honneur.
  • Préparation de la mort et équipement des tombes(14'0215'43)
    Seuls les Égyptiens les plus riches avaient droit à des tombes en dur, décorées et équipées. Les plus modestes avaient des funérailles plus simples, certains étant enterrés dans des fosses communes à même le sable.
    • Deux éléments étaient incontournables : la chambre funéraire, souvent placée au fond d'un « puits » • Le reste de la tombe, accessible aux vivants, permettant l'exécution des rites funéraires et l'apport des offrandes • Le puits était fermé et scellé pour permettre à la momie de reposer en paix à l'abri des pillages
    Les riches Égyptiens s'entouraient d'architectes, maçons, scribes et autres artisans destinés à ériger le monument, à y graver les textes souhaités et à orner les parois de scènes qui allaient accompagner le défunt pour l'éternité.
    À tout cela s'ajoutaient la commande d'un sarcophage, de stèles funéraires diverses et de tout un service d'offrande à renouveler quotidiennement. Les riches Égyptiens s'y prenaient de bonne heure pour s'assurer que tout soit prêt une fois la mort venue.
  • Les ouchébtis et l'au-delà du défunt(15'4316'38)
    À partir du Moyen Empire, les morts se faisaient enterrer avec de petites statuettes appelées « ouchébtis » ou « chaouabtis ». Ces statuettes, de différentes couleurs et tailles selon les moyens disponibles, faisaient office de serviteurs dans l'au-delà.
    Une fois parvenu auprès d'Osiris, le défunt accédait à une région remplie de terres cultivables afin que tous les morts bienheureux reçoivent leur nourriture pour l'éternité.
    Les riches, une fois morts, ne voulaient pas travailler. Ils faisaient appel à leurs serviteurs, les « ouchébtis », qui cultivaient la terre pour eux et leur épargnaient toutes les tâches agricoles pénibles mais indispensables.
    Certaines tombes, parmi les plus richement équipées, comptaient plusieurs centaines de ces petits serviteurs, jusqu'à un par jour de l'année.
  • Le cortège funéraire et les rituels d'enterrement(16'3818'34)
    • Des pleureuses professionnelles pouvaient se joindre à la famille et jouer le rôle d'Isis et Nephthys, les sœurs du dieu Osiris • Des serviteurs portant diverses offrandes marchaient en tête de cortège • Une cohorte de prêtres accompagnait le cortège et récitait des formules rituelles
    Le cercueil contenant la momie était placé sur une barque, elle-même déposée sur un traîneau tiré le plus souvent par des bœufs. Les nécropoles étaient situées sur la rive ouest du Nil, nécessitant de traverser le fleuve à l'aide de bateliers maniant des barques de papyrus.
    Parvenu à la tombe, le cortège reprenait sa route et, à proximité de celle-ci, des porteurs prenaient en charge le cercueil pour le faire pénétrer dans la sépulture. Les rites comme l'ouverture de la bouche étaient effectués, et les offrandes étaient déposées.
    Une fois le sarcophage refermé, la chambre funéraire était scellée et la tombe se vidait peu à peu. À l'occasion, la famille pouvait donner un banquet en l'honneur du défunt, accompagné de chants et d'histoires à la mémoire du proche disparu.
  • Pourquoi une « obsession » apparente pour la mort ?(18'3419'27)
    Les Anciens Égyptiens n'étaient pas « fascinés » par la mort plus que d'autres civilisations. Cette vision est biaisée par les monuments parvenus jusqu'à nous. Seuls les tombes et les temples, bâtis en matériaux solides, ont résisté aux assauts des millénaires.
    • Les lieux de vie sont moins bien conservés car les matériaux étaient plus fragiles et moins coûteux • Les anciens villages ont été recouverts par les villes modernes • L'impression d'une société obsédée par la mort provient de cette conservation inégale
    Cette impression d'obsession macabre est renforcée par la momification et la remarquable conservation des corps laissés par les anciens Égyptiens.
    Notre propre perception de la mort déforme notre vision. De nos jours, on cherche par tous les moyens à repousser la mort loin du quotidien, et beaucoup pensent qu'après la mort, il n'y a rien qui nous attend.
  • La véritable motivation derrière les préparatifs funéraires(19'2720'27)
    Pour les Égyptiens, l'espoir d'un au-delà idyllique et éternel les a poussés à accorder une attention toute particulière à ce qu'il allait advenir après leur décès. C'est pourquoi tant de vestiges sont parvenus jusqu'à nous.
    Les Égyptiens avaient bien conscience qu'on ne revenait pas de la mort, qu'elle était définitive. Il fallait donc profiter de la vie au maximum, célébrer l'existence, fêter tout ce qui relevait du vivant avant que les affres de la mort ne se présentent.
    Les anciens Égyptiens craignaient la mort et la détestaient parce qu'elle les privait des délices de l'existence, aussi modestes soient-ils.
    Ce n'est donc pas par fascination pour la mort qu'ils ont dépensé tant d'énergie à préparer leurs funérailles, mais bien pour retrouver, dans l'au-delà, les plaisirs dont ils allaient être privés par cette mort tant redoutée.
  • La mort comme passage vers l'éternité et la mémoire(20'2723'46)
    Si les Égyptiens accordaient une telle place à la mort, c'est d'abord parce qu'elle marquait l'entrée dans l'éternité, et que cette éternité n'était possible qu'à travers le souvenir, la mémoire de l'être disparu.
    Les tombes, les textes et les rituels funéraires participent à cette mémoire, ils la font vivre jusqu'à aujourd'hui. Ils assurent que le défunt reste présent dans la conscience collective.
    En un sens, les anciens Égyptiens ont réussi leur coup, puisqu'ils sont bel et bien éternels. Leur mémoire perdure à travers leurs monuments et leurs traces écrites.
    Grâce à ces pratiques funéraires élaborées et à la conservation des vestiges, les anciens Égyptiens ont transcendé la mort et continuent à vivre dans nos esprits et nos études.