Chine/L'Empire chinois a t-il rencontré l'Empire romain ? - Les routes de la Soie
L'Empire chinois a t-il rencontré l'Empire romain ? - Les routes de la Soie

L'Empire chinois a t-il rencontré l'Empire romain ? - Les routes de la Soie

Nota Bene22 min28 janv. 2021
12 chapitres
  • Introduction aux Routes de la Soie et aux mythes culturels(0'001'38)
    Démystification du cliché des Routes de la Soie, un concept souvent présenté dans les productions culturelles comme Marco Polo, Vikings, Uncharted 2, Battlefield 4 et Mulan.
    Le terme unique « Route de la Soie » est en réalité un réseau composé de nombreuses routes, pas une seule voie commerciale.
    Les Nouvelles Routes de la Soie, projet lancé par Xi Jinping en 2013, se développent du cœur de la Chine vers l'Europe en passant par l'Afrique et l'Asie du Sud-Est.
    L'analyse couvre la période de l'Antiquité jusqu'au XIXe siècle pour comprendre les enjeux réels de ces routes commerciales.
  • Les deux grands empires de l'Antiquité et leurs méconnaissances mutuelles(1'384'59)
    L'Empire chinois des Han (206 av. J.-C. – 220 apr. J.-C.) à l'Est et l'Empire romain (27 av. J.-C. – 476 apr. J.-C.) à l'Ouest forment les deux pôles de l'Eurasie.
    Ces deux puissances ont une compréhension très limitée l'une de l'autre et ne connaissent pas exactement leurs emplacements respectifs sur une carte.
    • Lijian : terme ancien désignant l'Empire Séleucide plutôt que Rome • Da Qin ou Grande Qin : terme adopté pour désigner l'Empire romain lors de son expansion vers l'Est • Le mot Chine vient de Qin, nom du premier empire chinois créé en 221 av. J.-C.
    Les sources latines utilisent le terme Sères (Peuples de la Soie) de manière générique pour faire référence aux producteurs de soie, probablement localisés en Asie centrale plutôt qu'en Chine.
  • La soie : objet de désir et de mépris romain(4'596'46)
    La soie plaît énormément à l'élite romaine, particulièrement aux femmes, en raison de ses qualités : légère et transparente.
    • Sénèque l'Ancien condamne le port de soie comme vulgaire et contraire à la moralité, affirmant qu'elle expose indécemment le corps des femmes • Pline l'Ancien décrit la collecte du duvet blanc des feuilles après trempage dans l'eau, critiquant les énormes frais engagés pour cette importation lointaine
    Pline l'Ancien sait que la soie provient de la larve du Bombyx du mûrier, mais ignore qu'elle vient de Chine à l'origine.
    Les critiques romains déplorent les dépenses faramineuses pour ce tissu exotique et voient son port comme un signe de décadence morale et sociale.
  • Tentatives de contact direct entre empires(6'468'49)
    En 98 apr. J.-C., l'empereur Han envoie Gan Ying à l'Ouest pour établir une relation diplomatique directe avec le Da Qin (Empire romain), atteignant Tiaozhi aux bords du Golfe Persique.
    Les Parthes, grands ennemis des Romains et contrôleurs du territoire, découragent Gan Ying de poursuivre par mer en prétextant des vents trop forts, préservant leur monopole commercial.
    Maes Titianus, marchand syrien, tente vers 100 apr. J.-C. le voyage inverse mais ne parvient jamais à destination pour les mêmes raisons de mainmise commerciale et difficultés physiques.
    Le rapport de Maes Titianus alimente partiellement la Géographie de Ptolémée, astronome et précurseur de la géographie moderne, qui y mentionne Serica et Sinae.
  • Routes et itinéraires commerciaux de l'Antiquité(8'4910'45)
    Les routes maritimes prédominent, conduisant de la Méditerranée à la Mer Rouge, puis jusqu'en Inde, route moins dangereuse que les trajets terrestres directs.
    Le Périple de la mer Érythrée présente la route empruntée par les bateaux romains jusqu'aux côtes de l'Inde, avec un itinéraire particulier de Barbaricon (Pakistan) aux Pamirs jusqu'à Thinae.
    • Ivoire, jade, encens, Lapis-Lazuli, turquoises, cannelle et épices transitaient par les mêmes routes que la soie • Les commerçants ne transportaient jamais un seul type de marchandise pour assurer le succès du voyage
    Aucun auteur antique ne fait référence à une Route de la Soie unique; le terme n'existe que depuis le XIXe siècle.
  • Noms et itinéraires historiques sans Route de la Soie(10'4513'01)
    • Via Domitia : construite à partir de 118 av. J.-C., reliant l'Italie à l'Espagne en traversant la Gaule • Voies royales : routes de pouvoir des Perses Achéménides pour les opérations militaires ou diplomatiques
    Isidore de Charax décrit au Ier siècle av. J.-C. un itinéraire officiel reliant Zeugma (Turquie actuelle) à Alexandropolis (Kandahar, Afghanistan), sans mention de soie ni de voie générale.
    Copie du 13ème siècle d'une carte romaine antique représentant le cursus publicus (service postal impérial), avec plusieurs centaines de routes nommées couvrant environ 200 000 km.
    Toponyme situé à proximité d'une mer à l'extrême-droite de la Table de Peutinger, signifiant Métropole de la Soie, sans référence à une Route unique.
  • Origine du terme « Route de la Soie » au XIXe siècle(13'0114'35)
    Le long XIXe siècle voit l'Empire britannique s'étendre vers l'Est après les guerres napoléoniennes, favorisant l'ouverture d'accords commerciaux entre puissances occidentales et asiatiques.
    En 1842, la Chine et le Royaume-Uni signent les accords commerciaux du Traité de Nankin, marquant la fin de la première guerre de l'opium et ouvrant la Chine aux voyageurs occidentaux.
    Plus de 12 000 Européens vivent en Chine dans des concessions britanniques, notamment Hong-Kong, jouissant de droits élevés et créant des tensions liées à l'incompréhension et la xénophobie.
    Le pillage du Palais d'Été (Yuanmingyuan) par les troupes françaises et anglaises constitue un tournant majeur, cristallisant le ressentiment chinois face à l'occupation occidentale.
  • Karl Ritter et l'invention du terme Seidenstraße(14'3516'03)
    Karl Ritter (1779-1859), père de la Géographie moderne, emploie pour la première fois en 1832 le terme Routes de la Soie pour désigner la route terrestre reliant la Chine à la mer Caspienne.
    Ritter s'intéresse à la micro-histoire des échanges en Asie centrale, région mi-chemin entre l'Occident et l'Asie, véritable plaque tournante des relations humaines depuis l'Antiquité.
    Influencé par les travaux de Ritter, Ferdinand Von Richthofen (1833-1905) devient le principal propagateur du terme Seidenstraße dès les années 1870, bien que le pluriel disparaisse en anglais.
    Les travaux de Von Richthofen servent d'abord un projet géopolitique allemand : relier Berlin à Xi'an par une voie ferrée commerciale traversant le Gansu, le Taklamakan et les Pamirs.
  • Von Richthofen et son influence géographique(16'0317'31)
    Professeur de géologie à l'université de Berlin, Von Richthofen voyage entre 1868 et 1872 au Japon, en Indonésie et en Chine pour étudier les gisements de charbon en Asie, mission financée par les banques de Californie et Shanghai.
    Le projet ambitieux allemand vise à construire une ligne ferroviaire commerciale passant par le Gansu, le Taklamakan, les Pamirs, le Kazakhstan, la Russie (Moscou) et l'Europe de l'Est jusqu'à Berlin.
    Cette ligne suit une ancienne route abandonnée quelques siècles après Marco Polo, lorsque les routes maritimes se sont développées entre l'Espagne, le Portugal et l'Asie au 15ème siècle.
    Bien que jamais construite au 19ème siècle pour des raisons financières et politiques, la ligne ferroviaire sera finalement réalisée en 2014 dans le cadre de la Nouvelle Route de la Soie économique reliant Duisbourg à Pékin.
  • Géographie et importance du Xinjiang(17'3119'00)
    Le Xinjiang (province autonome Ouïghour) est coupé à l'Ouest, au Sud et au Nord par de hautes chaînes de montagnes, la vie s'organisant autour du désert du Taklamakan signifiant Point de non-retour.
    Des oasis fonctionnant comme cités-états sont placées le long des routes nord et sud du Taklamakan, servant depuis l'Antiquité d'espaces d'échanges commerciaux et de liaisons entre le cœur de la Chine et l'Occident.
    • Chaîne du Kara Korum, plateau des Pamirs et Indu Koush constituent les obstacles naturels majeurs • Seules quelques voies de passages sont possibles et très protégées par les pouvoirs locaux
    Achéménides, Macédoniens, Parthes, Kushans, Sogdiens, Sassanides, Seldjoukides, Kara-Khitan, Mongols, Moghols et Safavides se succèdent au contrôle de ces routes, devenant intermédiaires des échanges Est-Ouest.
  • Découvertes archéologiques et trésors du Xinjiang(19'0020'12)
    Les études de Von Richthofen inspirent des aventuriers occidentaux et asiatiques à partir à la découverte de l'Asie centrale et aux trésors cachés du Xinjiang à partir des années 1900.
    • Sven Hedin (1865-1952), élève suédois de Von Richthofen, étudie le Lop-Nor et met au jour l'ancienne cité de Loulan en 1901 • Sir Aurel Stein découvre les momies du Taklamakan datant du second millénaire avant notre ère, attestant de liens indo-européens
    Découverte de milliers de manuscrits chinois, persans, turcs, tibétains et hébraïques révélant d'importants secrets sur l'histoire des rapports entre l'Est et l'Ouest.
    Ces découvertes témoignent de l'importance réelle des Routes de la Soie et de l'Asie centrale comme centre de convergence des civilisations eurasiatiques.
  • Synthèse : la Route de la Soie comme création moderne(20'1222'43)
    Les Routes de la Soie n'existaient pas avant le 19ème siècle; le terme est une invention moderne créée par les géographes allemands, en particulier Von Richthofen.
    Bien que la soie ne soit pas l'unique marchandise prisée par l'Antiquité, elle reste un bien très apprécié et valorisé, comparable à la porcelaine à l'époque moderne.
    L'expression Route de la Soie a été développée pour mettre en avant l'Asie centrale, territoire intermédiaire jusqu'alors peu étudié, riche et complexe dans son histoire.
    La popularisation du terme favorise une étude raisonnée des siècles d'échanges entre la Chine et l'Occident, mettant en avant les cultures hybrides du Xinjiang, de l'ex-URSS et de la Mongolie, conduisant à de nombreuses expositions contemporaines.