L'âge d'or de la piraterie

L'âge d'or de la piraterie

Nota Bene19 min30 sept. 2019
10 chapitres
  • Introduction et contexte historique de la piraterie(0'003'01)
    • Le terme pirate vient du latin pirata et du grec peirates signifiant "celui qui essaie" • La piraterie existe depuis l'Antiquité, les mers étaient déjà infestées à l'époque romaine • C'était un domaine sans loi où régnait la loi du plus fort
    L'Âge d'or de la piraterie dure à peine dix ans, entre 1713 et 1726, mais marque les siècles de manière suffisante pour être mémorisé dans l'histoire, les livres, les films et la culture populaire.
    • Depuis la découverte des Amériques par Christophe Colomb en 1492, l'Espagne et le Portugal monopolisent le commerce • Les traités de Tordesillas (1494) et la bulle pontificale Aeterni Regis (1481) délimitent les zones où seuls les Ibériques peuvent naviguer • Les autres nations européennes, notamment la France, pratiquent le commerce illégal depuis 1504
    L'exclusion des autres puissances européennes entraîne une rivalité croissante, des flottes plus importantes, des fortifications construites et une escalade de la violence tout au long du 16e et 17e siècles.
  • Les flibustiers et l'équilibre politique(3'015'12)
    • Les flibustiers émergent au 16e siècle mais surtout à partir des années 1620 • Ils représentent un compromis entre le pirate sans légalité et le corsaire autorisé • Ils possèdent des lettres de marque mais les utilisent de manière frauduleuse et attaquent en paix comme en guerre
    Les gouvernements tolérent les flibustiers car ils affaiblissent les alliés d'aujourd'hui qui sont les ennemis de demain, tout en permettant de bénéficier de leurs prises.
    • Au 17e siècle, des noms célèbres prospèrent comme l'Olonnais, Morgan et Grammont • Morgan fait des deals avec le roi d'Angleterre • Cette prospérité dure deux siècles
    Avec l'ouverture de la colonisation aux autres nations européennes et l'émergence du commerce de la canne à sucre et du tabac, la flibuste devient moins profitable et entrave le commerce. Les gouvernements déclarent progressivement les flibustiers hors-la-loi.
  • La crise de 1713 et le début de l'Âge d'or(5'129'39)
    • La Guerre de Succession d'Espagne (1701-1713) relance temporairement le besoin de flibustiers • Charles II d'Espagne meurt sans enfants, créant une crise successorale • Philippe d'Anjou, petit-fils de Louis XIV, monte sur le trône, ouvrant l'empire colonial espagnol à la France • La moitié de l'Europe s'oppose et s'allie contre Louis XIV
    • Les flibustiers bénéficient d'une amnistie pour recruter la racaille • On leur offre meilleure nourriture, meilleur salaire et meilleur traitement • C'est moins cher que de créer de nouvelles flottes
    Ces nouvelles générations de flibustiers sont plus contrôlées par l'État et supervisées par les marines officielles, ce qui crée des tensions croissantes.
    • Le traité d'Utrecht en 1713 met fin à la Guerre de Succession d'Espagne • Les avantages dont jouissaient les flibustiers disparaissent • Les marines royales licencient massivement les corsaires et flibustiers • Des milliers de marins âgés en moyenne de 28 ans se retrouvent sans emploi
  • Première phase : de la corsarie à la piraterie (1713-1717)(9'397'00)
    • De 1713 à 1717, les équipages continuent leurs activités contre leurs ennemis traditionnels • Ils ne s'attaquent jamais à leurs propres navires de guerre • Ils poursuivent simplement leur métier de guerre qui n'a pas vraiment pris fin selon eux
    • Au début, ils ne se prétendent pas pirates mais corsaires • Benjamin Hornigold, par exemple, n'attaque jamais les navires anglais • Les traités d'Utrecht ne les concernent pas, personne ne leur a demandé leur avis
    Certains marchands achètent discrètement leurs prises et leur fournissent des munitions pour qu'ils continuent leur activité.
    • Les différents gouvernements désapprouvent cette continuation quasi-légale de la piraterie • Les lois deviennent progressivement plus impitoyables • La répression s'intensifie contre les pirates et leurs collaborateurs
  • Radicalization et conditions des marins (années 1710)(7'0010'30)
    • Les officiers des marines d'État mettent systématiquement la main sur les prises des flibustiers • Ils les regardent de haut et les maltraitent ouvertement • Cela provoque une grande colère parmi les flibustiers
    • Le début du 18e siècle est le moment le plus florissant du capitalisme : la traite des esclaves est en plein essor • Le commerce du sucre et du tabac apportent des fortunes • Les propriétaires terriens s'enrichissent tandis que la classe populaire s'appauvrit
    • Le traitement moyen du marin est inhumain et constitue l'un des pires emplois de l'époque • Sous-payés, sous-nourris, discipline stricte, punitions régulières et privations constantes • Tandis que les officiers vivent de mieux en mieux • Le système d'engagement contraint les émigrants à travailler jusqu'à 36 mois pour payer leur traverse
    Ces conditions explosives poussent la nouvelle génération de flibustiers, de plus en plus contrôlés par l'État, à vouloir se révolter.
  • Deuxième phase : l'apogée de la piraterie (1717-1722)(10'3012'33)
    • Les pirates cessent de se limiter à leurs anciens ennemis • Ils se demandent pourquoi ne pas devenir véritablement pirates si c'est comme ça qu'on les décrit • De 1717 à 1722, 70% des prises de toute la période sont réalisées • Des noms célèbres comme Barbe-Noire (Edward Teach) et Bartholomew Roberts (Black Bart) émergent
    • Les pirates se nomment désormais Hommes de la Mer et s'identifient à "l'ennemi de toutes les nations" • Les décisions sont collectives, les officiers sont élus, aucune tyrannie n'est tolérée • Le partage des risques et du butin est aussi égalitaire que possible • Ils ont des systèmes de protection sociale précoces
    • Ils mangent et se gorgent d'alcool comme jamais auparavant, après avoir faim et soif sur les navires marchands • Leurs objectifs sont le butin qu'ils dépensent rapidement et le maintien de leur vie de liberté • Ils adoptent le Jolly Roger, un squelette tenant généralement un sablier
    • À bord se trouvent des hommes de tous les horizons : anciens marins, soldats, bûcherons, pêcheurs • Il y a aussi des Européens, des esclaves noirs affanchis (trois sur cinq sur le navire de Teach), des Amérindiens • Exceptionnellement, des femmes comme Ann Bonny et Mary Read qui naviguaient avec Jack Rackham
  • Réalité des pirates : technique et humanité(12'3314'31)
    • Les pirates de cette époque ne sont pas des meurtriers • Ce sont d'excellents marins, plus expérimentés que ceux de la marine marchande ou militaire • Certains les considèrent à l'époque comme les meilleurs du monde
    • Ils cherchent à terroriser leur cible, comme Barbe-Noire qui se maquille en démon avant l'abordage • Ils détestent le combat et l'évitent autant que possible • Ils sont plus durs avec les capitaines qui les obligent à combattre
    • Ils enrôlent rarement par la force, sauf les charpentiers ou chirurgiens • Ils demandent aux marins si leur capitaine les traite bien • Si non, ils le battent, le torturent légèrement ou rarement le tuent • Si oui, ils le relâchent avec son navire, parfois même avec de l'argent
    Ils ne sont loin de l'image du pirate sanguinaire et violent légendaire.
  • Conséquences commerciales et réaction des autorités(14'3116'07)
    • Les activités des pirates causent une véritable crise commerciale • Ils font plus de dégâts au commerce que la Guerre de Succession d'Espagne elle-même • 2400 navires sont attaqués, 250 sont coulés
    • Une tentative d'amnistie échoue rapidement car les pirates acceptent l'amnistie puis recommencent immédiatement • Les lois s'endurcissent, punissant toute collaboration • De meilleurs navires, mieux armés et même des flottes entières sont lancés contre eux
    • Au moins 418 pirates sont pendus, soit un sur dix, à une époque où les grâces étaient pourtant communes • Les pirates se déplacent progressivement des Antilles vers les côtes africaines ou l'océan Indien • Ils abandonnent Nassau reprise par le gouverneur anglais Woodes Rogers en 1718
    • Le gouvernement, les religieux et les marchands créent le pire portrait possible des pirates • Ils les décrivent comme fous, démoniaques, débauchs, esclaves de Satan • On encourage la dénonciation, on punit la collaboration par des amendes, la prison ou la mort • On affiche leurs corps dans des cages
  • Troisième phase : la radicalisation finale (1722-1726)(16'0716'56)
    • Face à la propagande et la violence, les pirates répondent par la terreur • Puisqu'on les appelle démons, ils deviennent démons • Ned Low, le pirate le plus célèbre de cette période, est si cruel que son équipage l'abandonne
    • Ils massacrent beaucoup plus, vengeant leurs frères pendus ou coulés • Ils enrôlent maintenant par la force pour remplir leurs équipages réduits • Ils attachent ou jettent à la mer le Jolly Roger pour qu'il ne soit jamais capturé
    • Conscients que leur vie sera courte, ils la vivent intensément • Ils refusent de se rendre, préférant faire sauter leurs navires à la poudre • Nombreux insultent leurs ennemis jusqu'à la fin, même en étant pendus
    • Le travail de traque, propagande et terreur atteint son objectif • Les routes maritimes deviennent sécurisées, les navires marchands bien défendus • La piraterie devient intenable et les derniers pirates disparaissent ou sont pendus en 1726
  • Héritage et conclusion historique(16'5619'35)
    • Bien qu'ils aient perdu leur combat, les pirates ont bravement défié gouvernements, marchands et religieux • Ils ont causé plus de mal et de peur aux puissants que tout hors-la-loi avant eux • Jamais auparavant on n'avait vu une répression si intense contre quelques milliers de criminels
    Leur devise était "une vie courte et heureuse". Comme l'a dit le pirate Macarty, "la vie de pirate est la seule digne d'un homme d'esprit".
    Malgré leur brève période, seulement treize ans, l'Âge d'or de la piraterie marque suffisamment les siècles pour persister dans les livres d'histoire, la culture populaire, les films et les jeux vidéo.
    Le mythe romantique du pirate persiste aujourd'hui, bien éloigné de la réalité complexe de ces marins qui cherchaient liberté et survie dans un monde inégal.