
L'Indochine : de l’occupation japonaise à la reconquête française (1940-1946) - Partie 2
13 chapitres
- L'Asie face à l'expansionnisme japonaisContexte historiqueEn 1895, le Japon défait la Chine et s'approprie la Corée. En 1905, il repousse la Russie et s'allie avec la Grande-Bretagne pour dominer l'Asie. Les Français en Indochine commencent à craindre une invasion japonaise et fortifient les côtes.Perceptions asiatiques• Tous admirent le Japon moderne de 1895 comme une puissance économique et militaire • Certains pays comme le Siam imitent le Japon de 1905, vu comme le défenseur d'une Asie libre • D'autres craignent l'empire nippon devenant une grande puissance colonialeTransformations régionalesLe Siam, resté indépendant, prend un tournant nationaliste et militariste en 1938, adoptant le nouveau nom de Prathet Thai (Thaïlande) et se dotant d'une monarchie constitutionnelle sur le modèle japonais.Slogan diplomatiqueLe Japon lance le slogan 'L'Asie aux Asiatiques' et s'affiche comme le phare de la modernité asiatique.
- Les mouvements indépendantistes indochinoisDiversité politiqueParmi les indépendantistes indochinois, on trouve des nationalistes, communistes, pro-républicains, pro-empereurs, et admirateurs de la Chine ou du Japon. On s'inspire, on débat, et même parfois on change d'avis.Figures principales• Phan Bôi-Châu dirige une Association pour la modernisation du Viêt Nam, plutôt royaliste et nippophile • Le prince Cuong Dê reste royaliste et pro-japonais, fondant la Ligue pour la Restauration du Viêt Nam • Hồ Chí Minh fonde le Parti Communiste Indochinois en 1927 à Hong KongTentatives révolutionnairesEn 1927, le parti radical est inspiré et financé par le Guomintang chinois. En 1930, un soulèvement de la garnison des tirailleurs tonkinois de Yên Bái échoue, avec treize hommes guillotinés le 17 juin.Nouveaux partisEn 1939, le Đại Viêt est constitué de propriétaires terriens, de fonctionnaires et d'écrivains, autoritaire et pro-japonais, inspiré par le fascisme mais non-monarchiste.
- L'invasion japonaise de septembre 1940Situation militaireQuand la Seconde Guerre mondiale provoque la grande déroute de la France en juin 1940, les Japonais ne vont pas se gêner pour attaquer l'Indochine et parfaire leur blocus contre la Chine.Tentatives diplomatiquesLe gouverneur général d'Indochine, Georges Catroux, ferme sa frontière avec la Chine pour prouver sa bonne volonté. À Hà Nội et Tôkyô, on prévoit l'intégration de l'Indochine dans l'espace économique japonais.L'attaque du 23 septembreMalgré les accords et négociations, le 23 septembre, c'est l'invasion. La 5e division japonaise franchit la frontière à Lạng Sơn, emportant avec elle le prince Cuong Dê et sa petite Ligue.Désillusion rapideLes Japonais balayent les Français en quatre jours. Au port de Hải Phòng le 26, les troupes japonaises s'arrêtent pour négocier. Cuong Dê est laissé à son sort, sa Ligue est écrasée par les Français, et il doit fuir le pays.
- La collaboration franco-japonaiseIntérêts communsMalgré le coup de force, Japonais et Français d'Indochine ont des intérêts économiques communs. Le Japon a besoin d'une base agricole pour son ravitaillement en riz indochinois.Raisons françaises• La défaite en Europe isole la colonie française • Elle n'a plus de contact avec la métropole et les autres colonies européennes • Elle est économiquement asphyxiée et a besoin de débouchésBesoins stratégiquesLe Japon a aussi besoin d'une base militaire : contrôle des aérodromes, du chemin de fer, et accès aux colonies britanniques et néerlandaises regorgent de pétrole à Bornéo.Mainmise progressiveLe 6 mai 1941, de nouveaux traités permettent aux Japonais d'étendre leurs activités économiques dans toute la colonie. Le 29 juillet 1941, un ultimatum signé de force autorise l'extension de ses activités militaires.
- Pearl Harbor et l'intégration militaireGuerre totaleEn moins d'un an, l'Indochine devient la principale base du Japon dans le Pacifique, le cœur de son dispositif pour mener une guerre totale.Attaques simultanéesLe 8 décembre 1941, le Japon frappe simultanément Hong Kong, la Malaisie, la Thaïlande, et la flotte américaine à Pearl Harbor, avec combats aussi en Birmanie et dans les îles.Intégration forcéeLe jour même de Pearl Harbor, le Gouverneur général Jean Decoux reçoit l'ordre que l'Indochine doit être entièrement intégrée à la machine de guerre japonaise. Impossible de contacter Vichy, il signe.Statut particulierL'administration coloniale française est maintenue en place par le Japon, et les Français d'Indochine sont épargnés, ce qui est unique dans le Pacifique où les Japonais pourchassent systématiquement tous les autres Occidentaux.
- Propagande et affaiblissement françaisStratégie japonaiseLes Japonais renforcent une savante propagande pro-asiatique. Ils laissent Hồ Chí Minh fonder le Việt Minh en 1941 et restaurent officiellement l'indépendance du Laos, du Cambodge, et du Vietnam.Images du pouvoir• Des soldats paradent dans les rues avec des sabres de samouraï • Des navires de guerre ultra modernes mouillent dans les ports • Des avions marqués du chrysanthème impérial cinglent les cieuxMessage aux IndochinoisTous les Indochinois voient et ressentent que l'Asie peut appartenir aux Asiatiques et que l'indépendance est possible, même si les Japonais sont aussi des oppresseurs qui pressurent plus que les Blancs.Déclin militaire françaisEntre les réquisitions japonaises, les blocus britanniques, et la guerre dans le Pacifique, la petite armée française n'est plus qu'un fantôme au moral bas et à l'équipement vieillissant.
- La transition vers la France LibreChangement de régimeEn août 1944, quand le régime de Vichy disparaît, la France Libre devient l'autorité reconnue, officiellement en guerre avec le Japon et participant aux opérations dans le Pacifique.Transfert clandestinLes Français vivent une passation de pouvoir : le général Eugène Mordant, qui a rejoint la France Libre, prend le contrôle en secret, tandis que l'amiral vichyste Jean Decoux joue le jeu de rester officiellement en poste.Renseignement compromisLes Japonais voient bien qu'ils ont des fuites et que grâce aux réseaux de renseignement français, les bombardiers américains ciblent de plus en plus précisément leurs installations.Décision diplomatiqueLe ministre japonais Shigemitsu Mamoru, anticipant la défaite inévitable, ordonne l'élimination totale des Français d'Indochine pour renforcer les indépendantismes avant l'après-guerre, ce qui lui vaudra une place aux procès de Tôkyô.
- Le massacre du 9 mars 1945L'attaque généraliséeLe 9 mars 1945, l'armée japonaise attaque de tous les côtés la fragile armée française d'Indochine, tuant, capturant, et massacrant les troupes en de nombreux endroits.Retraite françaiseLes derniers rescapés français forment une ultime colonne sous le général Marcel Alessandri, fuient dans les montagnes et atteignent de justesse la Chine, où ils sont emprisonnés.Aide américaineLe général américain Claire Lee Chennault et ses 'Tigres volants' viennent en aide aux Français grâce à des parachutages, contrairement au président Roosevelt qui avait ordonné d'arrêter l'assistance.Intentions américainesRoosevelt, opposé à la présence française, trouvait plus pratique de laisser ces alliés se faire massacrer, ne voulant pas d'une présence française dans l'après-guerre.
- L'indépendance du Vietnam et le soutien américainProclamations d'indépendanceLe 11 mars 1945, l'empereur Bảo Đại proclame l'indépendance du Viêt Nam. Le 2 septembre 1945, Hồ Chí Minh proclame à nouveau l'indépendance du Viêt Nam en copiant la déclaration d'indépendance américaine.Soutien américain• Les États-Unis aident Hồ Chí Minh sans se renseigner pour savoir que c'est un communiste • L'insurrection communiste générale est facilitée par ce soutien américain • Un major John Patty de l'OSS aide à la rédaction de la déclaration d'indépendanceInstructeurs militairesComme instructeurs militaires de sa nouvelle armée, Hồ Chí Minh choisit des Japonais, qui intègrent les rangs du Việt Minh et sont encouragés à rester dans le pays.Crise humanitaireLe vide créé par l'administration coloniale et les bombardements américains ont fait sauter les réseaux de distribution de vivres, et une grande famine ravage le pays, faisant plusieurs millions de morts.
- Le retour français et la reconquêteDébarquement françaisLes Troupes Françaises d'Extrême-Orient (TFEO) débarquent le 12 septembre, embryon du futur corps d'armée placé sous les ordres du général Leclerc et de l'amiral d'Argenlieu, environ 55 000 hommes.Obstacles chinoisLes TFEO ne peuvent accéder au nord, où les troupes chinoises nationalistes veulent évincer à la fois les Français et le Viêt-Minh. Le débarquement du 6 mars est bombardé par les Chinois mais les Français les délogent avec un pilonnage d'artillerie.Équipement hétéroclite• Les TFEO sont réarmés par les Anglais avec des armes de toutes origines • Certains reçoivent même des casques coloniaux que l'Afrika Korps allemand portait en Tunisie • On a deux armées de bric et de broc face à faceDiversité des troupes61 000 Africains et 126 000 Maghrébins verront l'Indochine, avec un nombre incalculable d'auxiliaires thaïs, khmers, vietnamiens et laotiens.
- La nature de la guerre d'IndochineDéfis environnementauxLeclerc arrive à Sài Gòn le 5 octobre 1945. À partir du 15, les opérations commencent dans une chaleur, humidité, moustiques, parasites, rizières et marais qui rendent les combats épuisants.Tactiques de guérilla• L'ennemi est en guérilla : s'il se sent en mauvaise posture, il fuit pour réapparaître rapidement • Cette forme de conflit sans ligne de front consiste en attaques de convois, raids sur les postes, et pièges archaïques • Fosses à tigre et bambous effilés empoisonnés sont utilisés contre les FrançaisTerre brûléeRoutes coupées de tranchées et d'abattis, ponts détruits, voies ferrées dévastées, bâtiments réduits à l'état de gravats, même les récoltes agricoles sont détruites pour combattre les Français.Progression du contrôlePendant trois mois, les coloniaux et la 2e Division Blindée contrôlent le Laos, le Cambodge et les Hauts Plateaux en février 1946, mais pas les rizières du sud, bastion des communistes.
- L'Armée Populaire VietnamienneStructuration militaireLa branche armée du Việt Minh s'appelle désormais Armée Nationale du Viêt Nam, puis Armée Populaire Vietnamienne (APV) à partir de 1950, dirigée par le général Giáp, un professeur d'Histoire Géographie devenu stratège autodidacte.Concept de guerreLe général Giáp met en place le concept de 'guerre du peuple', c'est-à-dire l'engagement de toute une population dans une lutte sans merci, alliant combat militaire, propagande, lutte politique et guerre économique.Méthodes radicales• Les populations sont intégrées de gré ou de force dans tous les aspects de la lutte • Massacre des plus réticents, attentats et tortures ne sont pas écartés • L'objectif final est d'instaurer un système socialiste à pensée uniqueCapacités militairesL'APV ajoute une structure pyramidale professionnelle capable d'organiser de grandes offensives coordonnées et pratique la guerre de mouvement. Les troupes d'élites sont équipées en DCA, camions, et moyens radiogoniométriques.
- Les négociations et le début de la guerreReconnaissance du sudEn mars 1946, les Français sont forcés de reconnaître le gouvernement dans le sud du pays en Cochinchine, puis s'établissent dans le nord au Tonkin.Débarquement tonkinoisLes Chinois installés au nord bombardent le débarquement français du 6 mars, mais sont vite délogés par un pilonnage d'artillerie bien placé des Français.Incidents continusDes négociations débutent, mais tout au long des débats, les incidents, embuscades et combats continuent d'éclater ça et là entre les deux forces.Grand jour du 19 décembreLe 19 décembre 1946 marque l'attaque généralisée des forces du Việt Minh, souvent retenue comme début officiel de la Guerre d'Indochine, bien que les combats datent de 1945.





