
La vérité sur les soldats de Napoléon
8 chapitres
- L'introduction à la vie du soldat napoléonienImportance des soldatsNapoléon ne s'est pas battu seul ; c'était l'union, la rigueur et la discipline qui faisaient sa force. L'Empereur français n'était rien sans ses centaines de milliers de soldats venus de différents pays, marchant de l'Espagne jusqu'à Moscou.Accès aux sources• Les guerres du début du 19e siècle cumulent l'expansion démographique, les progrès de l'instruction et l'apparition de la conscription • Ces conditions génèrent des milliers, voire des dizaines de milliers de lettres de soldats • Ces sources écrites permettent de connaître la vie, la façon de penser et le quotidien des soldats sans gradePortée de l'étudeOn trace les pas des grognards à travers leur quotidien, un quotidien pas franchement toujours marrant.Contexte historiqueContrairement aux armées médiévales où peu de gens savaient écrire, les conflits du début du 19e siècle permettent de disposer de témoignages directs des soldats eux-mêmes.
- Le recrutement et la conscriptionPassage au service obligatoireDans les premières années des guerres révolutionnaires, la France fait appel à des volontaires. L'enthousiasme s'essouffle rapidement et le service militaire obligatoire devient nécessaire.Cadre légal• La loi Jourdan-Debrel du 5 septembre 1798 instaure la conscription • En principe, tous les jeunes Français doivent y participer sans exemption, sauf pour cause d'infirmité • Le service militaire dure 8 ans, ou 4 ans en cas de conflit ouvert puisque chaque année de guerre compte double • En cas de nécessité, le gouvernement peut garder les hommes sous les armes autant que nécessaireAménagements pratiques• On peut se faire remplacer par un autre personne d'accord • Le tirage au sort se fait d'abord au chef-lieu du canton, puis du département • L'ordre des numéros obtenues détermine l'ordre des départs • On raye de la liste ceux placés en réserve, ajournés ou exemptésRéalité du serviceIl n'y a que deux façons légales de quitter l'armée : la mort ou la réforme pour invalidité. Seuls quelques militaires bénéficient de congés exceptionnels.
- La visite médicale et l'incorporationCritères de sélectionLa visite médicale trie les jeunes gens car tout le monde n'est pas en forme. Certains ont des fractures improprement réparées, d'autres sont bossus ou tout simplement trop faibles.Cas particuliers• Quelques soldats sont dispensés de service militaire pour sueurs fétides des pieds • Un cas d'hermaphrodisme est renvoyé chez soi faute de certitude quant au classement • La guerre sous Napoléon est le fardeau des hommes seulementParcours vers le régiment• Le maire envoie une lettre au conscrit pour lui indiquer où partir • Les jeunes gens marchent à pied en petits détachements vers la caserne • Un sous-officier surveille le groupe car la désertion est courante à ce stade critiquePremière expérienceBeaucoup de jeunes gens aiment ces premiers moments de voyage. À une époque où le voyage n'est pas courant, ils quittent le village et deviennent un peu des touristes. Certains écrivent à la famille de beuveries dans des auberges, de jeunes femmes rencontrées, ou critiquent les coutumes étrangères.
- La vie à la caserneConditions matérielles• Les soldats reçoivent chaque jour 500g de viande, 1,5 kg de pain et de la soupe aux légumes • Ils reçoivent aussi un sou pour acheter de la craie pour blanchir leur veste et culotte blanche • En plus de l'habit bleu à revers rouges, ils doivent entretenir leur uniforme de manière impeccableEntraînement quotidienLe premier jour, les jeunes soldats reçoivent un uniforme et commencent la routine. Les exercices se répètent 4 heures par jour, 2 heures le matin et 2 heures l'après-midi, pour apprendre à manœuvrer, charger un fusil et marcher au pas.Vie sociale• Les nouveaux soldats se font vite des amis, souvent issus de la même région avec qui ils partagent leur dialecte • Le partage d'un lit entre deux hommes, fait pour faire des économies, est une intimité forcée qui déplaît beaucoup • Ces compagnons de lit deviennent souvent des amis proches sur lesquels on peut vraiment compterSituation financière• Le salaire supposé être versé régulièrement n'est quasiment jamais payé • La nourriture n'est pas toujours suffisante et les soldats doivent trouver des sources de revenus complémentaires • Beaucoup supplient leurs parents de leur envoyer de l'argent via le système de mandat postal • Certains se servent directement en maraude ou volent les civils du coin
- Les campagnes militaires et les premiers combatsConditions de campaign• Après l'entraînement, les soldats partent en campagne où les conditions sont beaucoup plus rudes • Il faut parfois marcher énormément, jusqu'en Espagne ou depuis la péninsule Ibérique jusqu'à Moscou • Fini les lits douillets, on couche à la dure même sous la pluie et on mange des aliments parfois pourris ou avariésAttitude face aux combatsParadoxalement, les batailles ne sont pas particulièrement critiquées dans les lettres. Les soldats font preuve d'exaltation et racontent même crûment la violence du combat avec un enthousiasme apparent, surtout quand les premiers affrontements sont favorables aux Français.Exemple d'Austerlitz• Un jeune cavalier français décrit la confusion totale, la fumée des canons telle qu'il ne voit pas à 6 pas • Il ne peut pas décrire les mouvements de troupes mais sait qu'on charge encore et encore • Son cheval meurt sous lui, il tombe au sol et manque de mourir ; un camarade est coupé en deux par un boulet de canon • Il conclut que c'est bien glorieux d'avoir participé à tant de combats sans avoir reçu aucune blessureAdmiration pour l'EmpereurUn trait très frappant revient dans toutes les lettres : l'admiration sans borne pour l'Empereur. Le soldat se bat souvent moins pour la France ou des idéaux, mais parce qu'il est sincèrement impressionné par le charisme de Napoléon.
- L'horreur de la campagne d'EspagneTournant de l'EmpireLa bataille d'Eylau en 1807 est une demi-victoire mais heurte l'esprit des Français car elle coûte très cher en vies humaines. La campagne d'Espagne en 1808 s'avère pire que tout.Conditions de la péninsule• L'eau y est malsaine, il y fait chaud avec de nombreuses montagnes • La nourriture est étrange et on se plaint de misère, de fièvre et de maladie • Dans certains secteurs montagneux, on peut marcher plusieurs jours sans rencontrer une âme qui vive • L'Anglais navigue sur l'eau, à la fois proche et pourtant inatteignable, ce qui mine le moralGuérilla et terreur• Les habitants sont féroces et se battent sans uniforme, c'est la fameuse guérilla • Il est impossible de circuler sans escorte armée • La poste et le ravitaillement sont souvent interceptés par des bandits qui recourent à la violence • Ces tactiques de terreur sont parfois bien pires que les blessures d'un champ de batailleAtrocités racontées• Le soldat Chantreine écrit avoir vu neuf Français égorgés sur la route de Madrid : l'un n'avait plus d'yeux, un autre avait ses parties génitales coupées et fourrées dans la bouche • Boulanger, soldat de la garde impériale, raconte comment son unité a mené un raid punitif en massacrant 1 500 hommes à la baïonnette
- La campagne de Russie et le déclinEspoir avant le désastreQuand les recrues apprennent leur départ pour la Russie, elles se réjouissent d'avance. Elles sont pressées de quitter l'Espagne maudite et pensent qu'au moins, loin à l'Est, il fera plus frais et leur uniforme épais servira à quelque chose.Manque de sourcesOn a beaucoup moins de courriers de la campagne de Russie, ce qui est logique car la situation est catastrophique et la poste de l'armée ne peut plus fonctionner. Les lettres n'arrivent jamais à leurs destinataires ni aux archives des chercheurs.Indicateurs d'effondrement• Le taux de désertion, gérable au début de l'Empire, devient catastrophique • Parfois plus de la moitié des détachements prend la poudre d'escampette • Certains soldats ont été gardés sous les drapeaux depuis le début de la Révolution et en ont marre • La motivation disparaît et ils veulent rentrer chez euxBilan des guerres• Pour certains départements, environ la moitié des soldats envoyés ne reviennent jamais • Ce n'est pas la bataille qui tue le plus, mais la maladie accentuée par la fatigue, la mauvaise nourriture et les conditions sanitaires épouvantables • Lors de la campagne des cent jours culminant avec Waterloo, tout va si vite que les militaires n'ont pas le temps d'écrire
- La mémoire et l'héritage des survivantsOubli des souffrancesUne fois de retour, les survivants oublient doucement les côtés les plus pénibles de la guerre. Eux qui se plaignaient tant dans leurs lettres produisent parfois un second témoignage un peu contradictoire.Transformation sociale• Rassemblés en associations, écrivains, conteurs, les survivants deviennent des piliers de leur communauté • Ils ont un nouveau public qui a certaines attentes • On amoindrit certaines choses et on en accentue d'autres dans leurs récitsTravail de l'historienLe travail de l'historien consiste à comparer ces récits, les confronter entre eux pour découvrir le véritable quotidien de ces soldats au-delà des réécritures de mémoire.Sources utiliséesCet épisode a été rédigé avec l'aide de Bernard et René Wilkin à partir de leur livre intitulé Lettres de grognards : la grande armée en campagne, une ressource recommandée pour les passionnés de cette période.





