La Révolution française/Combien de temps on reste en vie après la guillotine ?
Combien de temps on reste en vie après la guillotine ?

Combien de temps on reste en vie après la guillotine ?

Nota Bene18 min22 janv. 2024
Regardez ou écoutez cet épisode de préférence le soir, seul dans votre lit, juste avant de vous endormir.
9 chapitres
  • Introduction et contexte historique(0'541'33)
    Un individu reste-t-il conscient après avoir été décapité, et si oui combien de temps ?
    Lors de la Révolution française, la guillotine était présentée comme une forme d'exécution plus humaine et moins douloureuse que les autres, mais est-ce que c'est vrai ?
    Cet épisode est recommandé à regarder le soir, seul dans son lit, juste avant de s'endormir.
    Une analyse historique et scientifique plutôt qu'une perspective médicale.
  • Les méthodes d'exécution avant la guillotine(1'333'17)
    • Le bûcher où la personne étouffe dans la fumée • L'écartèlement où les membres sont déchirés • La roue où les membres sont brisés à coup de barres de fer
    La mise à mort était souvent une forme de torture qui s'achève par le décès, car il faut que le condamné expie son crime par la douleur.
    • Aux États-Unis : gainage et électrocution • Exécution par balle et pendaison en Inde, Botswana, Cameroun et autres pays • Étranglement au Soudan et lapidation en Somalie, Afghanistan et États du Golfe
    • Décapitation instantanée • Pendaison avec brisure de la nuque si exécutée correctement
  • Les limites de la décapitation classique(3'175'48)
    • Le cadavre est exposé parfois longtemps pour servir de leçon • Décomposition visible de la foule pendant des jours, semaines ou mois • Risque de rater avec un mourant qui se balance au bout d'une corde avec spasmes réflexes
    À la hache ou l'épée, la décapitation peut être très sale, longue et atrocement douloureuse car on doit tailler dans un corps de chair, os, muscles et tendons avec une arme lourde dont le fil s'use.
    • Marie Stuart en 1587 : trois coups de hache nécessaires, puis sa tête a roulé au sol • James Scott en 1685 : le premier coup le blesse, il se redresse furieux, nécessite plusieurs coups et un couteau pour finir • Thomas de Lally-Tollendal en 1766 : le jeune bourreau se loupe en cassant la mâchoire et dents, son père doit finir au couteau
    Les condamnés les plus riches payaient le bourreau pour qu'il affûte bien sa lame car ils voulaient partir avec dignité. L'excellence de l'exécution était attendue.
  • Les machines à décapiter avant la guillotine(5'487'31)
    La Diele allemande utilisée dès le Moyen Âge : le condamné pose sa tête sur le billot, une grosse lame plate tenue par deux montants rainurés, et le bourreau frappe la lame avec une grosse masse, sans risque de rater.
    Le gibet d'Halifax construit par le seigneur local (1541-1685) avec environ 50 exécutions : une grande lame dans deux montants de 4,5 m de haut comptant sur la gravité pour faire le travail.
    • Instituées par Marie Stuart en 1564, appelées Maidens, Pucelles ou Demoiselles • La Pucelle d'Édimbourg a coupé environ 150 têtes • Lame lestée de 35 kg tombant après qu'on tire une corde • Anecdote : pour les voleurs de chevaux, c'était un cheval qui tirait la corde
    • La mannaia du 16e siècle avec une lame en forme de doloire (gigantesque hache recourbée) • Équivalent retrouvé à Toulouse en 1632 • L'abbé Jean-Baptiste Labat juge cela comme un progrès : le condamné ne souffre pas et l'erreur humaine est évacuée
  • La Révolution française et la création de la guillotine(7'3110'15)
    • 1er décembre 1789 : Joseph Ignace Guillotin demande à abolir les privilèges dans la mort • 23 mai 1791 : Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau propose une mort simple, sans torture, et même soutient l'abolition complète avec Robespierre
    Sobrement énoncé : tout condamné à mort aura la tête tranchée, point. Mais il faut une exécution à la fois immanquable et immédiate pour que les citoyens restent égaux.
    • Guillotin s'inspire des pucelles écossaises avec un mécanisme remplaçant l'intervention humaine • Les premières sont appelées Louisettes • Tobias Schmidt, fabricant de clavecin allemand, construit le prototype avec Charles-Henri Sanson, le bourreau • Lame en biseau qui tranche par le côté très rapidement plutôt que de couper par le haut
    • Adoptée en 1792 • Surnoms : Louisette, la Veuve, le rasoir national, la cravate à Capet • Finalement appelée guillotine à cause des chansonniers • Première utilisation : 25 avril 1792 avec Nicolas Jacques Pelletier
  • Première exécution et début de la Terreur(10'1511'28)
    Nicolas Jacques Pelletier, truand récidiviste qui a poignardé un innocent lors d'un vol à l'arraché. Son exécution est organisée minutieusement sur la place de Grève avec une foule considérable.
    • Tout se passe comme prévu en un instant, sans bruit • Énorme déception car la mort est devenue hyper ringard • La foule râle et chante son mécontentement
    Du printemps 1793 à l'été 1794, des milliers de guillotinés se succèdent, dépassant sans doute les 10 000 victimes, bien que le chiffre exact soit considéré comme impossible à déterminer avec certitude.
    Avec un moyen soi-disant plus humain de tuer, la guillotine a en fait basculé vers la monstruosité. Puisque la mort semble indolore et rapide, les gens ne réalisent pas vraiment ce qui se passe, et les juges ne craignent pas de condamner à mort.
  • Le débat scientifique sur la conscience après la décapitation(11'2815'16)
    • Médecin allemand publie en 1795 dans Le Moniteur • Le supplicié reste conscient après le passage de la lame car le cerveau, siège de la conscience, survit quelques instants • Le guillotiné ressent la douleur et a conscience que sa tête est détachée • Affirme que la tête pourrait rester en vie jusqu'à 15 minutes après le coup de lame
    • Têtes qui cligneraient des yeux, changeraient d'expression, remueraient les lèvres • Charlotte Corday en 1793 : ses joues rougissent après la gifle d'un fanatique • Antoine Lavoisier en 1794 promet de cligner des yeux ; son assistant observe 15 secondes de battement de paupières après la décapitation
    • Jean-Joseph Sue soutient Sömmering avec expériences sur animaux, conclut que la tête souffre atrocement • George Wedekind répond : la compression du cerveau et hémorragie causent une perte de conscience immédiate, les convulsions sont des réactions mécaniques exagérées • Lepelletier affirme que la décapitation coupe d'un coup l'alimentation sanguine, la respiration et circulation nerveuse, causant une mort instantanée
    Les opinions scientifiques des médecins ne reflètent pas leurs positions politiques sur la peine de mort. Certains soutiennent la guillotine indolore tout en s'opposant à la peine de mort en général.
  • Témoignages et prolongement du débat au 19e siècle(15'1616'27)
    • Docteur Gastellier : condamné à mort, passe le temps à écrire des articles réfutant Sömmering avant que la chute de Robespierre annule son exécution • Pierre-Jean-Georges Cabanis : le coup du lapin cause une perte de conscience immédiate, donc la décapitation aussi
    Le 28 juin 1905 à Orléans, assiste à l'exécution d'Henri Languille : observe mouvements de lèvres et paupières, puis la tête ouvre les paupilles d'un mouvement régulier, les yeux se tournent vers lui et le fixent de façon lucide, les pupilles se focalisent, tout cela pendant environ 30 secondes.
    En 1939, le Journal of American Medical Association cite d'autres témoins du même jour indiquant plutôt des mouvements moins significatifs ne dépassant pas 10 secondes. Beaurieux se serait peut-être un peu fait mousser.
    La plupart des scientifiques du 19e siècle se rangent à l'idée d'une mort immédiate, bien que régulièrement de nouveaux témoignages sèment le doute.
  • Conclusions scientifiques modernes(16'2718'12)
    • Pour le corps : jusqu'à une minute avant l'arrêt complet du cœur avec mouvements mécaniques • Pour la tête : suffisamment d'oxygène pour rester en vie jusqu'à 7 secondes grand maximum
    Entre le choc, l'hémorragie et la perte d'oxygénation, on estime que la mort est très rapide voire instantanée. Privé d'oxygène, le cortex moteur et sensoriel s'éteint en premier.
    • Sensation potentielle d'incorporalité ou de flotter hors de son corps • Le cerveau s'éteint compartiment après compartiment • Le cortex mémoriel survit en dernier, ce qui pourrait donner l'impression de revoir sa vie défiler
    Avec le traumatisme insupportable de la décapitation, toute forme de conscience disparaît quasi-immédiatement. Si le cerveau fonctionne quelques secondes, c'est dans un état qui s'apparente à un coma sans conscience. On manque de témoins décapités pour confirmer ces hypothèses.