
Résistance et déportation, peut-on éviter de reproduire le pire ? - Avec le CHRD
8 chapitres
- Introduction aux fragments du passé et création du CHRDFragments historiquesLes objets de la Seconde Guerre mondiale traînent souvent dans les foyers : cartouches, médailles, photos, coupures de journaux. Ces fragments, réunis ensemble, reconstituent un morceau du passé, de la guerre, de la résistance et de la déportation.Naissance du muséeEn 1965, d'anciens résistants et déportés ouvrent un petit musée à Lyon pour transmettre la mémoire. De 1966 à 1986, d'autres musées apparaissent à Besançon, Grenoble, Vassieux-en-Vercors et Nantua, indiquant une volonté de transmettre l'histoire.Procès Barbie• Klaus Barbie, lieutenant SS et tortionnaire nazi, commandait la Sipo-SD à Lyon • Condamné à mort par contumace en 1952, il est extradé en France en 1983 • Son procès se tient du 11 mai au 4 juillet 1987, passionnant l'opinion publiqueTransformation du centreL'émotion suscitée par les témoignages au procès, notamment sur les 44 enfants juifs d'Izieu raflés et exterminés à Auschwitz, pousse la municipalité à transformer le petit musée en un grand Centre d'Histoire de la Résistance et de la Déportation, inauguré en 1992 dans les anciens locaux de la Gestapo lyonnaise.
- Organisation du Centre et approche pédagogiqueStructure du parcoursLe Centre s'organise autour d'un parcours chronologique et thématique qui immerge le visiteur dans l'époque reconstituée, montrant tous les aspects de la vie pendant la guerre et l'occupation, notamment du point de vue des habitants lyonnais.Parrainage historiqueLe portrait de Marc Bloch, grand historien auteur de L'Étrange Défaite, préside le musée. Juif et chef régional du mouvement Franc-Tireur, Bloch a porté des idées pour lesquelles il a été fusillé le 16 juin 1944, symbolisant le prix du engagement.Vision contemporaine• Le Centre s'ouvre sur le monde contemporain à travers des conférences et expositions temporaires • Une attention particulière est portée au jeune public • Les anciens résistants et déportés participent directement au processus en échangeant avec les scolairesRichesse archivaleLe Centre recueille 655 enregistrements audiovisuels de témoignages, un fonds exceptionnel qui servira aux chercheurs de demain et alimente le parcours permanent. Ces contenus sont progressivement mis en ligne sur le site du musée.
- Quotidien et propagande sous l'occupationRestrictions et privations• Après l'armistice de juin 1940, la vie quotidienne est frappée par les cartes de rationnement • À l'hôpital du Vinatier de Bron, 2.000 malades mentaux sont laissés mourir de faim • Le régime de Vichy met en œuvre le premier statut des Juifs en octobre 1940Lyon refuge et foyerIdéalement placée en zone non occupée, Lyon devient rapidement un lieu de refuge pour populations diverses : Alsaciens et Mosellans expulsés, Juifs fuyant la zone occupée, rédacteurs de journaux parisiens. La ville, bien reliée au reste du territoire, dotée d'une université et de sensibilités variées, devient la clé de la résistance.Machine propagandisteL'espace public est saturé par la propagande du régime, dominé par le portrait du maréchal Pétain. Les affiches constituent le principal support, avec des tirages dépassant 200.000 exemplaires. L'équipe d'affichistes lyonnais Alain-Fournier produira 62 affiches pour promouvoir l'idéologie de la Révolution nationale.Contestation cachéeDerrière l'obéissance de façade se cache une prise de conscience d'une minorité de Lyonnais. La contestation proscrite par la censure tente d'imprimer sa marque par des graffitis et des papillons collés sur les murs, mais surtout par les journaux clandestins qui constituent une alternative à la censure.
- Naissance et structuration des mouvements de résistanceDiversité des pionniersLa Résistance lyonnaise réunit des personnalités venues d'horizons politiques, religieux ou sociaux très divers : le syndicaliste Edouard Ehni et le cardinal archevêque Pierre Marie Gerlier sont des gens qui s'opposaient avant la guerre et ne se seraient jamais rencontrés autrement.Structuration progressive• En fin 1941, les petits noyaux commencent à se structurer en véritables mouvements • Les journaux clandestins sont diffusés régulièrement malgré le manque d'argent, de papier et de plomb • En octobre 1941, Jean Moulin arrive à Londres avec sa fausse identité au nom de Joseph Mercier • En janvier 1942, il est parachuté en Provence avec Hervé Monjaret et Raymond FassinRôle de MoulinJean Moulin, émissaire secret du général de Gaulle, coordonne dès l'automne 1942 les trois principaux mouvements Combat, Franc-Tireur et Libération. En janvier 1943, ils fusionnent enfin grâce à son travail, renforçant considérablement la résistance dans la zone sud.Espoir communTous les mouvements partagent un espoir en commun : la fin de l'occupation et le rétablissement des fondements mêmes de la démocratie, malgré les difficultés organisationnelles initiales.
- Intensification de la répression et réponses arméesDurcissement du régime• Le 11 novembre 1942, les troupes allemandes envahissent la zone sud et Lyon • La prison de Montluc est réquisitionnée comme centre de détention • L'École du Service de Santé des armées devient le siège de la Sipo-SD • Jean Moulin est arrêté à Caluire le 21 juin 1943 et torturé par Klaus BarbieMeasures répressivesLa Milice française est mise en place en janvier 1943. Le Service du Travail Obligatoire apparaît en février, forçant des jeunes à se réfugier dans des maquis des zones boisées et montagneuses de Rhône-Alpes.Armement des résistantsLes Résistants récupèrent tout ce qu'ils peuvent pour s'armer. Leur arme la plus emblématique est le pistolet mitrailleur STEN de fabrication anglaise : rustique et peu coûteux, il sera parachuté en très grand nombre notamment en 1944.Lutte multi-formeLa Résistance lyonnaise, principalement civile, mène aussi une lutte armée par petits groupes de FTP-MOI constitués de jeunes étrangers et des groupes francs. Elle utilise également des imprimeries clandestines comme celle de Joseph Martinet à Villeurbanne pour imprimer des feuilles de mouvements comme Combat, Libération et Témoignage Chrétien.
- Persécution, Shoah et répression systématiqueSystème concentrationnaireLe système concentrationnaire constitue l'arme ultime du nazisme. Les Juifs sont victimes spécifiques de la Shoah, déportés dans des centres de mise à mort où ils sont impitoyablement exterminés, contrairement aux Résistants qui subissent la punition d'un acte jugé illégal.Persécution administrativeÀ partir de 1943, la Préfecture du Rhône utilise une perforatrice pour apposer la mention "Juif" sur les papiers d'identité des personnes frappées par les lois antisémites, rendant la persécution bureaucratique et systématique.Parcours de déportés• Jacques Micolo a été déporté à Buchenwald avant plusieurs autres camps, rapatrié en France en août 1945 • Henri Mazuir, 24 ans du mouvement Franc-Tireur, arrêté le 28 octobre 1943, a été torturé, interné à Montluc et fusillé par le tribunal militaire allemand • Ses lettres écrites avant sa mort constituent des trésors familiaux précieusement conservésMobilisation de l'opinionLes témoins du drame assistent aux rafles et les décrivent précisément, les dénonçant à travers des imprimés. L'opinion publique, impuissante mais consciente, proteste au sein de feuilles, tracts et journaux clandestins aux tirages considérables.
- Libération et fin de l'occupationAccélération militaireLes forces de l'Axe subissent une série de revers militaires. Les maquis s'agitent et la répression s'intensifie avec plusieurs massacres de civils à Lyon et dans les environs, dont celui de 5 résistants abattus place Bellecour le 27 juillet 1944.Débarquement et jonctionLe 15 août 1944, la 1ère Armée française débarque en Provence avec la 7ème armée américaine, se joignant aux maquis de la région pour chasser l'occupant.Destruction et libérationEn fuyant, l'armée allemande détruit tous les ponts de Lyon sauf deux, transformant à jamais la cité. Lyon est enfin libérée le 3 septembre 1944, avec la destruction des ponts et du Rhône et de la Saône.Poursuite du combatLa guerre n'est pas finie et des Lyonnais continuent le combat dans l'armée jusqu'au cœur de l'Allemagne nazie, tandis que dans la cité on brûle les drapeaux et on arrache les affiches qui souillaient les murs.
- Transmission de la mémoire et relevance contemporaineRaison d'être présenteEn 2022, le Centre continue d'entretenir un musée sur la Seconde Guerre mondiale car il ne suffit pas de compiler des preuves et des vieilles sources. Il faut aussi donner un visage au passé pour parler à tout le monde.Témoignages en héritage• Beaucoup de témoins et acteurs se sont investis dans la création et le fonctionnement du CHRD • Ils animent des rencontres quotidiennes avec des jeunes, mais ils nous quittent progressivement • 655 enregistrements audiovisuels de leurs témoignages constituent un fonds archivé pour les chercheurs de demain • Ces contenus sont progressivement mis en ligne sur le site du muséeContinuité culturelleL'imaginaire artistique continue de se nourrir de cette mémoire collective à travers des œuvres de théâtre, de littérature, de bande dessinée, de télévision et de cinéma. Les personnalités politiques font constamment référence au Conseil National de la Résistance dont le programme de mars 1944 a modelé le pays après la guerre.Champ de recherche actif• Quasi-illimité depuis 30 ans : histoire, société, anthropologie • Approche comparée avec d'autres pays européens • Dépouillement de nouvelles archives progressivement ouvertes en France et à l'étranger • Le CHRD est une interface entre les chercheurs et le grand public à travers des rencontres





