
L'art de la guerre par Sun Tzu - Histoire de la Chine
11 chapitres
- Introduction à Sun Tzu et le contexte des Royaumes-CombattantsPrésentation généraleExploration de l'évolution de la guerre en Chine ancienne durant la période des Royaumes-Combattants, époque où les réflexions de stratégies militaires commencent à se développer au sein d'une Chine morcelée.Le personnage centralSun Tzu (Souen Tzeu), auteur du célèbre livre 'L'art de la guerre de maître Sun' (Sun Zi bingfa), est devenu une figure emblématique utilisée dans les livres de géopolitique, films, blogs et discours politiques.Utilisation moderneLe texte de Sun Tzu est devenu un fonds de commerce lucratif pour les dirigeants d'entreprises et figure parmi les citations les plus célèbres sur Internet, notamment la phrase 'Connais ton ennemi et connais-toi toi-même'.Objectif de l'épisodeRevenir aux fondamentaux en remontant aux sources du texte et du personnage, en suivant l'histoire de sa transmission jusqu'à nos jours, plutôt que de présenter des interprétations décontextualisées et idéalisées.
- La Chine antérieure aux Royaumes-Combattants : guerres ritualisées et aristocratiquesUnification impérialeEn 221 avant notre ère, après des siècles de guerres entre états rivaux, la Chine atteint enfin une harmonie unifiée sous le Premier Empereur, fils du ciel, avec une administration capable de gérer l'immense territoire.Structure des armées• Les armées sont privées et ultra ritualisées, similaires aux armées féodales du Moyen-Âge européen • Les nobles recrutes des fantassins essentiellement composés de paysans considérés comme moins importants que le bétail • Les armées oscillent entre vingt et mille hommes, la plupart du temps désorganiséesCodes chevaleresques• La victoire se règle surtout dans le combat rituel entre nobles de hauts rangs pour accroître le renom de leurs clans • Les nobles doivent faire preuve de bravoure, courage, grandeur d'âme, et respecter un étiquette stricte • Les duels entre guerriers nobles décident de l'issue des batailles, similaires aux combats de l'IliadeInnovation militaireLe char fait son introduction comme élément de combat autour du 10e et 9e siècle avant notre ère, servant de signe social distinctif. Lorsque deux chars se croisent, si un guerrier décoche une flèche en premier, il doit attendre que l'autre fasse de même avant d'enchaîner.
- La transition vers les Royaumes-Combattants : armées massives et modernisationDéclin de l'autoritéAutour de 700 avant notre ère, une succession de mauvais choix politiques met en péril l'autorité suprême de la maison des Zhou. Le centre royal se réduit tandis que de nouvelles principautés dirigées par des hégémons commencent à prendre leur essor.Évolution structurelle• Les affrontements se multiplient entre les principautés avec dissensions internes et conquêtes de territoires • De grands officiers de carrière acquièrent un poids considérable, remplaçant le rôle des nobles • Les clans Qin, Jin, Chu et Wu émergent comme puissances majeuresArmées professionnelles• Les armées s'agrandissent considérablement et sont composées de troupes légères et lourdes très disciplinées • Les soldats sont âgés de 16 à 60 ans et organisés en sections bien entraînées • Les corps d'élites sont capables de faire des marches de 300 li sans se reposer • Le nombre de fantassins devient un élément déterminant pour la victoireProspérité économiqueLa période est très florissante pour l'économie et le commerce. Les États commercent entre eux en échangeant soieries, sel, poisson séché, fer et bronze. Les grandes capitales animent restaurants, salles de musiques et maisons closes.
- Innovations technologiques militaires et abandon du code chevaleresqueÉvolutions d'équipements• La fonte du fer fait son apparition progressive, remplaçant les lourdes armes en bronze • Les arbalètes à répétitions se développent tandis qu'on délaise le char de combat • La cavalerie influencée par les peuples de la steppe devient une redoutable puissance de frappe pour les principautés du nord • Les soldats apprennent à tirer des flèches au galop tout en portant le pantalonArsenal sophistiquéLes textes anciens référencent un arsenal impressionnant d'armes de sièges et de jets très sophistiquées incluant 36 machines d'assaut blindées montées sur roue, 36 balistes géantes à triples répétitions, 140 engins d'assaut avec batteries d'arbalètes, 1200 marteaux de fer et 120 rouleaux compresseurs.Fin du ritualismeLes anciens codes chevaleresques disparaissent. Les hauts responsables doivent éviter de s'engager dans la bataille. Le général Wu Ji ordonne même la décapitation d'un officier qui s'expose au combat pour trancher des têtes.Nouvelles stratégies• L'objectif devient d'éviter à tout prix la bataille en détruisant l'adversaire par la ruse et les capacités technologiques • On inonde les villes en détournant des fleuves, on brûle et on pille des territoires • On massacre sans hésitation des villes entières sans distinctions, en déshumanisant les combats
- Les penseurs face à la violence : émergence des traités militairesCritique philosophiqueC'est dans ce contexte de milliers de morts que des penseurs comme Confucius et Mo Zu font valoir leurs idées jusqu'à l'oreille des rois, dénonçant violemment le caractère futile des guerres.Perspective de Mo ZuLe philosophe Mo Zu affirme que tuer un innocent lors d'une attaque contre un pays est considéré comme juste par la plupart, alors que tuer une personne dans la vie civile est reconnu comme un crime grave et immoral.Nouvelle littératureÉmergence d'une nouvelle forme de littérature : les traités de stratégies militaires explorant l'art subtil de remporter la victoire avec un minimum de sang.Œuvres majeures• Le traité militaire de maître Wou • Les trois ordres stratégiques de Maître Pierre Jaune • L'art de la guerre de Maître Sun
- Sun Zi : personnage historique ou figure légendaire ?Incertitude historiqueIl n'existe pas de vrai consensus sur l'existence réelle de Sun Zi. À cette époque on ne signait pas les livres, ce qui complique l'attribution.Sources historiques• La plus ancienne biographie vient des Mémoires historiques rédigés par Sima Tan et Sima Qian vers l'an 100 avant notre ère • Elle indique qu'il aurait vécu autour de 512 avant notre ère à l'époque des Printemps et Automnes • Il était originaire de l'État de Qi et aurait servi comme général en chef de l'État de WuAnachronismes problématiques• L'époque supposée ne correspond pas aux structures de combats rangés décrites dans le texte • Il aurait été impensable qu'un général dirige une armée à la place d'un souverain • Les opérations tactiques décrites correspondent aux Royaumes-Combattants vers 450 avant notre ère, bien après la date supposéeClassification actuelleSun Zi est classé dans la catégorie des auteurs incertains. Cependant, la structure très cohérente du texte suggère qu'il aurait été composé par un même individu, quel qu'il soit, possiblement un bilan de réflexions stratégiques transmises oralement puis mises à l'écrit.
- Les principes fondamentaux de l'Art de la GuerreEssence du conceptLa guerre est la grande affaire des nations où se décident la vie et la mort. L'objectif est de manier l'art subtil d'inquiéter l'adversaire afin de le conduire à capituler sans verser une seule goutte de sang.Tactiques fondamentales• Capable, passez pour incapable ; prêt au combat, ne le laissez pas voir • Proche semblez loin, loin semblez proche • Avide d'un avantage, défendez-vous • Attaquez là où l'adversaire ne vous attend pas ; surgissez toujours à l'improvisteLes cinq facteurs• La vertu : pour suivre le chef jusqu'à la mort sans crainte du danger • Le climat : pour ne pas se battre sous la neige • La topographie : connaître les distances et la nature du terrain • Le commandement : impartial, perspicace, humain, résolu et sévère • L'organisation : respect de la discipline, hiérarchie et logistiqueApproche stratégiqueSun Zi préconise toujours la victoire immédiate plutôt que la guerre d'usure. La stratégie consiste à attaquer d'abord les plans de l'ennemi, ensuite ses alliances, puis ses troupes, et enfin ses villes en dernier recours.
- Préparation, logistique et traitement des vaincusRessources nécessairesPour la victoire, il faut disposer de mille quadriges rapides, mille fourgons à caisse de cuir, cent mille soldats cuirassés, et des vivres en suffisance pour nourrir une armée à mille lieues de sa base.Condition économiqueSeuls les États riches sont victorieux car la richesse permet de financer les ressources nécessaires à la guerre, bien que cela n'ait pourtant pas toujours été une constante dans l'histoire.Traitement humain• Importance de la bienveillance dans le traitement des prisonniers de guerre • Respect des vaincus pour assurer la stabilité après le conflit • On ne gagne pas sur un terrain rempli de cadavres • Il faut soumettre l'ennemi sans ensanglanter la lameMobilité tactiqueChaque armée doit être mobile, prête à se déplacer rapidement et à surprendre l'adversaire comme un joueur d'échecs. L'expérience d'un chef de guerre aguerri est essentielle pour utiliser la ruse, les espions et le mensonge pour la victoire.
- Leadership et contrôle : le rôle du commandantQualités du chef• Le souverain avisé projette la victoire, le bon général l'exploite • Le commandant doit flairer le danger et organiser ses plans de bataille • Il doit avant tout toucher le cœur des hommes • Il doit être capable d'incendier des terres entières quand nécessaireRelation avec les soldatsPour peu que leur chef les aime comme un nouveau-né et les chérisse comme un fils bien-aimé, les soldats seront prêts à le suivre en enfer et à lui sacrifier la vie.Capacités administratives• Incroyable capacité de calcul et d'adaptation • Capacité à ordonner ses plans d'attaques et gérer l'après-conflit • Contrôle du peuple par la loi • Gestion de la victoire par des méthodes essentielles et mesuréesFondements philosophiquesLe traité est assez court et proche de la morale confucéenne dans son éthique. Il apporte des conseils avisés propres à une époque où l'on veut réformer les techniques de batailles, reposant surtout sur le bon sens.
- Transmission du texte : de l'Empire chinois à l'OccidentReconnaissance impériale• Han Feizi, prince lettré du 3e siècle avant notre ère, dresse un éloge complet du texte • Il proclame que tout souverain devrait en posséder une copie • Le livre échappe à l'autodafé impérial de 213 avant notre ère où l'empereur brûle tous les livres non conformes et enterre vif les hommes de lettresCanonisation classique• En 80 avant notre ère, le texte est utilisé dans un débat pour réformer l'administration impériale • Vers 500, au moins deux éditions circulent • Vers 1070, le traité figure dans la liste des Sept Classiques militaires que les élèves passant les concours d'examens impériaux doivent connaître par cœurArrivée en OccidentÀ partir de 1582, suite à l'ouverture des axes maritimes vers l'Asie par les navigateurs portugais et espagnols, les premiers prêtres de la Compagnie de Jésus se rendent en Chine.Traduction françaiseLe Père Joseph-Marie Amiot, astronome originaire de Toulon demeurant à Pékin entre 1751 et 1793, traduit le traité en français en 1772. La traduction arrive en France et fait son chemin dans les cercles de penseurs de la fin des lumières.
- Influence moderne et héritage du texteLégendes occidentalesCertains affirment que Bonaparte aurait eu connaissance du texte et s'en serait servi pour échafauder ses plans de bataille, mais cela relève du domaine du mythe.Impact chez Mao• Mao Zedong en fait son livre de chevet et une source d'inspiration primordiale pour ses essais comme Guerre de guérilla • Les généraux de l'armée rouge s'inspirent des tactiques de batailles qui y sont exposées • Cette approche assure plusieurs victoires entre 1930 et 1934 face aux armées de Tchang Kai ChekRéflexion de MaoMao Zedong déclare : Nous devons étudier avec soin les leçons qui ont été apprises lors des guerres passées au prix du sang et qui nous ont été léguées.Transmission historiqueLe texte ancien se transmet remarquablement jusqu'à nos jours, traversant les siècles et les continents, conservant sa pertinence stratégique à travers les âges.





