
Les ambitieuses conquêtes islamiques
9 chapitres
- Introduction aux conquêtes islamiquesContexte historiqueLes empires ne peuvent pas être réduits à une seule personne. Muhammad a initié les conquêtes du Califat Islamique mais n'a jamais porté le titre de Calife lui-même, tout comme Jules César n'était pas empereur romain.Terminologie débattue• Pourquoi parler de 'conquêtes islamiques' plutôt que 'arabes' ou 'musulmanes' • Les anciennes sources parlaient de conquêtes musulmanes mettant l'accent sur la religion • D'autres théories privilégient les motivations économiques et sociales des tribus arabesDimensions multiplesCes conquêtes combinaient des aspects religieux, économiques et politiques. Le terme 'islamique' résume tous ces éléments réunis.Fiabilité des sources• Les sources historiques datent souvent de deux siècles après les faits • Les textes des futûh visaient à glorifier les Arabes et encourager le Jihad • Risques d'orientation idéologique dans les récits historiques
- La première phase des conquêtes (634-651)Succession de Muhammad• Muhammad meurt en 632 et doit être remplacé par un Calife • Abu Bakr est désigné malgré certains qui préféraient Ali • Abu Bakr lance la guerre de la Ridda contre les BédouinsAvantages stratégiquesLes deux empires frontaliers, les Byzantins et les Perses Sassanides, sortent de décennies de guerres. Ils sont affaiblis et ne peuvent que repousser de timides incursions arabes. Le calife Umar ordonne à ses généraux d'avancer massivement.Territoires conquis• De 634 à 651, les armées islamiques prennent la Syrie et la Palestine aux Byzantins • L'Empire sassanide entier est conquis avec la Mésopotamie • Alexandrie en Égypte tombe en 641, Fustat (futur Caire) est fondéeBatailles majeures• Yarmouk en août 636 contre les Byzantins • Al-Qâdisiyya en novembre 636 contre les Perses • Succès rapides malgré des effectifs arabes inférieurs selon les récits
- Les facteurs du succès islamiqueFaiblesses adversaires• Les deux empires s'affrontent depuis plus d'un siècle • Leurs populations dominées contestent le pouvoir impérial • Les tensions fiscales et la hausse des impôts provoquent le rejet du pouvoir centralAccueil des populationsLes Arabes proposent de baisser les impôts en arrivant en Égypte. Les populations locales, dominées et endettées, les accueillent plutôt bien, même si elles restent globalement passives et indifférentes.Supériorité militaire arabe• Unités bien organisées menées par des généraux compétents recevant des ordres coordonnés • Mobilité exceptionnelle et maîtrise du terrain régional • L'arc est le point fort du combattant arabe à pied contre les cavaleries lourdesMotivation des troupesLes Arabes combattent pour un message politique et religieux avec la promesse d'un butin terrestre et céleste. Contrairement aux mercenaires byzantins et persans désintéressés, leur motivation est exceptionnelle.
- La Fitna et l'interruption des conquêtesAssassinats successifs• En 644, le calife Umar est assassiné dans des circonstances troubles • En 650, le calife Uthman est à son tour assassiné • Ali, le gendre du Prophète, est élu mais fortement contestéGuerre civileMu'awiya, gouverneur de Syrie, prend les armes contre Ali et remporte la victoire. Ali est assassiné, créant une rupture durable dans l'Islam entre Sunnites et Chiites.Fondation omeyyadeMu'awiya installe sa nouvelle capitale à Damas et fonde la dynastie des Omeyyades. Les conquêtes peuvent reprendre, mais seulement pour un temps et pas sur tous les fronts.Changements de leadership• Les généraux victorieux Khalid al Walid et Amr ibn al-As sont destitués • Peut-être parce qu'ils faisaient trop d'ombre aux califes et aux élites • Cette purge affecte la dynamique des conquêtes ultérieures
- La deuxième phase : Maghreb et résistance berbèreExpansion au Maghreb• Dès 640, les armées islamiques s'installent en Tunisie appelée Ifriqiya • En 670, Uqba ibn Nafi fonde Kairouan, une ville-camp sainte • Les Omeyyades relancent la conquête depuis l'ÉgypteRésistance berbère• Le chef Kusayla s'empare de Kairouan et tue Uqba ibn Nafi • En 685, le calife Abd al-Malik envoie des renforts et reprend la ville • Au début du 8e siècle, malgré la reine-guerrière Dihya la Kahina, les Berbères sont vaincusFront byzantin figé• La flotte islamique affronte régulièrement les Byzantins • L'île de Rhodes est prise mais Constantinople résiste aux sièges • Le front byzantin est mis à l'arrêt, contrairement aux succès maghrebinsArabisation et intégrationAprès la chute de la résistance berbère, la population s'arabise et s'islamise rapidement. Les Berbères abondent bientôt dans les rangs de l'armée islamique, offrant une base idéale pour de nouvelles conquêtes.
- La conquête de l'Espagne et ses origines débattuesOrigines incertaines• On pourrait croire à une volonté nette de poursuivre la conquête au nom de Dieu • Une version classique raconte que le comte Julien, dissident wisigoth, livre Ceuta au gouverneur Musa ibn Nusayr • Musa profite peut-être de l'occasion pour fidéliser ses troupes berbères par un butin de guerrePrise opportunisteLe Maghreb est très éloigné de Damas. Musa ibn Nusayr agit probablement par opportunisme, profitant des divisions wisigothiques. Les raids deviennent progressivement de vraies annexions sans décision claire du pouvoir central.Tariq ibn Ziyad• Le général berbère Tariq ibn Ziyad lance des attaques couronnées de succès contre les Wisigoths • À la bataille du Rio Guadalete en 711, il défait le roi Rodrigue • En quelques années, l'Espagne wisigothique est entièrement priseConséquences et sanction• Le rocher de départ de Tariq devient Gibraltar, contraction de 'Djabal Tariq' • Le calife s'inquiète que cette victoire n'était pas programmée • Musa et Tariq sont convoqués : Musa meurt en captivité et Tariq disparaît
- Expansion en Europe et tensions internesAvancées franques• Les Arabo-Berbères traversent les Pyrénées et s'installent en Septimanie • Ils lancent des razzias en Aquitaine, Gaule et Provence • Repoussés à Toulouse en 721 par le duc Eudes d'AquitaineDéfaites décisives• Repoussés en 732 et 737 par Charles Martel • Les incursions se calment à cause de ces défaites • L'élan conquérant est brisé sur le front européenTensions intra-islamiquesAu cœur du pays, au sud des Pyrénées, la tension monte entre Arabes et Berbères. Des révoltes éclatent en Espagne et au Maghreb, fragmentant l'espace islamique.Crise dynastique• Le califat omeyyade affronte des contestations graves en Orient • Les Abbassides, descendants d'Al Abbas, menacent la dynastie • Ces divisions internes vont dépasser largement les difficultés du Maghreb
- La chute omeyyade et la fin des grandes conquêtesRévoltes abbassides• À la fin des années 740, des révoltes éclatent en Mésopotamie puis en Perse • Elles sont menées par les Abbassides, descendants d'Al Abbas l'oncle du Prophète • En 750, ils défont le calife Marwan II à la bataille du Grand ZabChangement de dynastie• Le seul survivant omeyyade Abd el-Rahman fonde l'émirat de Cordoue • Les Abbassides prennent le pouvoir et construisent une nouvelle capitale • Bagdad devient le centre destiné du monde musulmanStabilisation des frontières• Après une victoire face aux Chinois à Talas en 751 • Les frontières du Califat se stabilisent définitivement • C'est la fin des grandes conquêtes terrestresConsolidation finaleLes conquêtes ultérieures ne concernent que les îles de Méditerranée. Le Califat a pris sa forme définitive avec un vaste empire unifié, même si fragmenté politiquement.
- Impact historique et débats historiographiquesInfluence géopolitiqueL'Empire d'Islam étend son emprise bien au-delà de ses frontières. Ses plus petits voisins gravitent autour, en dépendent ou subissent son influence.Théorie de Pirenne• Henri Pirenne affirme en 1930 que les conquêtes islamiques cassent le commerce méditerranéen • L'Europe doit trouver un nouveau centre de gravité plus au nord • Les Carolingiens prennent de l'importance : sans Muhammad, pas de CharlemagneDébats historiographiques• Maurice Lombard défend que le dynamisme arabe a permis à l'Europe de décoller économiquement • Claude Cahen défend que les échanges commerciaux ont persisté et repris rapidement • Philippe Sénac continue ce débat en 2015 avec son ouvrage 'Charlemagne et Mahomet'Consensus et mystèresTous les historiens s'accordent sur le fait que ces conquêtes sont un moment fondamental et décisif de l'histoire. Elles restent toutefois surprenantes avec une bonne part de mystère et des zones d'ombre difficiles à éclaircir à cause des sources limitées.





