
La bataille qui inspire Pearl Harbor ? - Bataille de Tarente
7 chapitres
- Contexte méditerranéen et enjeux stratégiquesSituation initialeLa Méditerranée est une zone d'influence essentielle pour la Marine britannique, mais depuis le début de la Seconde Guerre mondiale, les opérations maritimes britanniques sont perturbées par la Regia Marina italienne.Avantage italienLa flotte italienne, bien que peu nombreuse, occupe une position centrale en Méditerranée et utilise cet avantage pour servir de flotte de dissuasion. Sa présence au port de Tarente oblige les Britanniques à mobiliser des forces supplémentaires pour toute opération.Enjeux britanniques• L'offensive italienne contre l'Égypte menace les approvisionnements britanniques vers le front nord-africain • La sécurité du canal de Suez, connectant la mer Rouge à la Méditerranée, est primordialeDécision stratégiqueL'état-major britannique décide de porter un coup décisif à la flotte italienne. Une attaque sur Tarente avait déjà été envisagée après l'invasion de l'Éthiopie en 1935 mais n'avait pu être réalisée.
- Préparation de l'Opération JudgmentGenèse du planAprès l'accord de Munich en 1938, l'amiral Dudley Pound ordonne à son état-major de préparer un plan d'attaque contre Tarente. L'idée provient d'un raid aérien utilisant la capacité du bombardier-torpilleur Swordfish pour une attaque nocturne.Exécution décidéeEn 1940, le successeur de Pound, l'amiral Andrew Cunningham, décide d'exécuter ce plan sous le nom de code 'Opération Judgment'. L'objectif est de causer des dommages massifs à la flotte italienne que l'industrie italienne, en mauvaise santé, aura du mal à réparer.Innovation technique• L'attaque de Tarente est une première car personne n'imaginait qu'une flotte ancrée dans un port pouvait être vulnérable aux torpilles en raison de la faible profondeur • Les ingénieurs britanniques trouvent une solution en réduisant la force de propulsion des torpilles lors de leur impact avec l'eauComposition de la force• Point de départ : la base britannique à Malte, à 500 km de Tarente • Deux porte-avions : l'Illustrious et l'Eagle • Deux croiseurs lourds, deux croiseurs légers et cinq destroyers d'escorte • Force aérienne : deux vagues de quinze appareils chacune
- Configuration de l'attaque et complicationsStructure de la force aérienne• Première vague : neuf bombardiers-torpilleurs ciblant les cuirassés italiens, cinq bombardiers pour les croiseurs et destroyers, un appareil avec bombes et fusées éclairantes pour illuminer le port • Attaque nocturne choisie pour des raisons tactiques • Deuxième attaque prévue le lendemain avec une seule vagueConditions de lancementLa date doit coïncider avec une nuit où la lune éclaire suffisamment pour maximiser la visibilité des pilotes. La nuit du 21 octobre est choisie, correspondant au Trafalgar Day anglais, célébrant la victoire de l'amiral Nelson en 1805.Contretemps majeurs• Le porte-avions Eagle subit des dommages moteurs importants le 11 juillet et ne peut participer au raid • Cinq bombardiers de l'Eagle sont transférés à l'Illustrious • Un incendie dans le hangar de l'Illustrious endommage certains appareils • L'opération est reportée au 11 novembre avec seulement vingt-et-un bombardiers au lieu de trenteDécollage et approchePeu avant 21h00, la première vague décollage, suivie une demi-heure plus tard par la deuxième réduite à 8 appareils suite à un accident de décollage. À 22h58, les bombardiers britanniques arrivent à portée du port de Tarente.
- Déroulement du raid aérienPremière vague d'attaque• Seize fusées éclairantes sont larguées, deux bombardiers détonent les réserves d'huile italienne • Trois appareils frappent avec succès le cuirassé Conte di Cavour avec une torpille, creusant un trou d'un mètre de diamètre sous la ligne de flottaison • L'Andrea Doria échappe à trois appareils la ciblant et la défense antiaérienne abat un de ses assaillants • Le Littorio est touché deux fois par des torpilles mais le Vittorio-Veneto est manqué • Le dernier groupe bombarde deux croiseurs et quatre destroyers malgré une visibilité réduiteDeuxième vague et conclusion• Une troisième torpille frappe le Littorio • Une autre torpille manque à nouveau le Vittorio-Veneto • Une torpille endommage le cuirassé Caio Duilio • Un dernier bombardier est abattu • À 02h30 du matin, les avions britanniques sont de retour sur l'IllustriousPertes britanniques• Deux avions perdus : les deux membres d'équipage du premier sont tués, les deux du deuxième sont faits prisonniersDommages italiens• Conte di Cavour : coulé • Littorio et Caio Duilio : hors de combat • Moitié des cuirassés italiens : hors d'action • Deux destroyers et un croiseur lourd : endommagés • 59 soldats italiens tués, 600 blessés • La Regia Marina redéploie sa flotte à Naples pour les réparations
- Facteurs de succès et avantages tactiquesAvantages technologiques• Les Britanniques ont l'avantage d'une avancée technologique permettant l'explosion des torpilles par proximité magnétique avec la coque des navires • La principale défense anti-torpille, des filets de protection simples, peut être contournée en passant par en dessousEffet de surpriseLe manque d'intelligence de l'armée italienne et l'effet de surprise global favorisent la victoire britannique.Défenses insuffisantes• Les défenses mises en place à Tarente sont largement insuffisantes • Les filets de protection, bien qu'auraient pu être efficaces, ne couvrent que 4 des 12 km requis • L'état-major italien, trop certain de la sécurité de sa flotte, néglige les précautions nécessairesImpact stratégique immédiatNaples, où la flotte se redéploie, n'est pas aussi bien situé que Tarente, et la capacité de dissuasion de la marine italienne est largement réduite.
- Conséquences stratégiques et limites de la victoireRésultats immédiatsBien que la flotte italienne soit affaiblie, les Britanniques ne capitalisent pas sur leur victoire. Malgré les discours enthousiastes de Winston Churchill à la Chambre des communes affirmant que l'équilibre des forces en Méditerranée a changé en faveur des alliés, les navires italiens restants continuent à protéger les convois, particulièrement vers l'Afrique du Nord.Rebond italien et allemand• À partir de décembre 1940, les défenses des ports italiens sont améliorées • Les Allemands redéploient le 10ème Fliegerkorps en Méditerranée spécialisé dans le bombardement naval • Le volume des approvisionnements italiens vers l'Afrique du Nord augmente au lieu de diminuer • Les renseignements italiens gagnent en efficacité et permettent aux convois d'éviter les patrouilles alliéesErreurs stratégiques alliéesL'idée initiale de fortifier Malte pour assurer la domination maritime de la région n'est jamais réellement mise en œuvre. En mai 1941, le Littorio et le Caio Duilio sont à nouveau opérationnels.Tournant de la guerre du désertL'approvisionnement continu permet à Rommel de lancer une contre-offensive réussie en Libye, tournant décisif de la guerre du désert.
- Héritage japonais et inspiration de Pearl HarborObservation japonaiseUn certain Takeshi Naito, membre de la Marine japonaise attaché à Berlin, vient observer les résultats du raid de Tarente, bientôt suivi par une délégation plus importante.Transmission des enseignementsL'officier rapporte ses observations au commandant Mitsuo Fuchida, qui dirigera en décembre 1941 l'attaque sur Pearl Harbor.Influence tactiqueLes enseignements de la bataille de Tarente ont probablement donné l'idée de bombarder la flotte américaine de la même manière.Continuité historiqueC'est ainsi que le raid sur Tarente, bien que tactiquement limité dans ses conséquences stratégiques, inspire l'une des opérations militaires les plus décisives de la Seconde Guerre mondiale.





