Époque contemporaine/Courrières : la plus grosse catastrophe minière d'Europe
Courrières : la plus grosse catastrophe minière d'Europe

Courrières : la plus grosse catastrophe minière d'Europe

Nota Bene20 min4 sept. 2023
8 chapitres
  • Introduction et contexte de la révolution industrielle(0'002'52)
    Les catastrophes majeures fascinent davantage que les dangers quotidiens, même si ces derniers tuent plus de gens chaque année.
    La plus grande catastrophe minière d'Europe s'est produite en France, fauchant 1 099 vies en seulement 2 minutes.
    La houille, formée sous terre il y a 300 millions d'années, est le principal carburant de la révolution industrielle du 19e siècle.
    Le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais joue un rôle essentiel dans la production de charbon, avec un tiers de ses habitants travaillant comme mineurs concentrés sur un petit territoire.
  • Structure et organisation du monde minier(2'525'09)
    Le carreau de mine réunit les structures nécessaires : usines, bureaux, voies de circulation, trains, stockages et têtes de puits pour l'interface entre surface et sous-sol.
    • Mineurs de jour : machinistes, trieurs, lampistes travaillant en surface • Mineurs de fond : piqueurs, haveurs, herscheurs, palefreniers, receveurs, freinteurs, ouvriers du rocher, boutefeu et boiseurs
    Les mineurs vivent souvent de père en fils, logés dans des corons : logements familiaux fonctionnels et modernes fournis par la Compagnie, accueillant mineurs de tout âge dont les galibots âgés de 14-15 ans.
    • Porions : contremaîtres responsables de la fosse qui surveillent sans creuser • Délégué-mineur : représentant élu par les camarades pour assurer la sécurité auprès de la Compagnie
  • Dangers et conditions de travail souterrain(5'096'34)
    • Silice : particules en suspension blessant les poumons, causant la silicose à long terme • Grisou : gaz inflammable émanant du charbon, inodore et incolore, capable de déclencher des explosions mortelles
    Les scientifiques anglais estiment en 1894 que les poussières de charbon seules peuvent déclencher des explosions et décuplent les effets du grisou, mais la France rejette cette théorie en 1877, considerant le grisou comme ennemi principal.
    Pour survivre aux dangers, les mineurs s'équipent de grisoumètres et de lampes de sûreté, tandis que l'aération des puits est maximisée pour limiter les risques.
    100 000 kilomètres de galeries sont creusés sous le bassin minier, soit plus de deux fois le tour de la Terre, dans une atmosphère extrêmement dangereuse.
  • L'explosion et ses conséquences immédiates(6'348'47)
    Le 10 mars 1906 à 6h30, une explosion se produit au fond de la fosse, soulevant la poussière de charbon qui s'embrase et parcourt 110 km de galeries en 2 minutes, soit près d'un kilomètre par seconde.
    Les puits dégueulent des torrents d'air brûlant; les ascenseurs et chevalements de plusieurs tonnes sont projetés dans le ciel, écrasant les puits d'accès et s'éboulent, bloquant tous les accès.
    1 664 mineurs étaient descendus dans la fosse ce matin-là; aux puits 10 et 11, 200 à 300 rescapés sortent, mais à la fosse N°3, sur 500 mineurs descendus, on n'en retrouve que 14.
    Une unité médicale est montée sur le carreau avec médecins des compagnies voisines et du régiment; journalistes, secouristes et gendarmes s'attroupent, créant une confusion maximale rendant impossible l'élaboration d'un plan général.
  • Les opérations de sauvetage et tensions(8'471'48)
    Pendant trois jours, des secouristes continuent de descendre héroïquement dans l'espoir de sauver les survivants, mais ceux qui reviennent annoncent que les gaz sont partout et les cadavres innombrables, noircis et amputés.
    • Désaccords entre mineurs voulant sauver leurs camarades et ingénieurs de la compagnie déclarant certains accès impraticables • État intervient via préfet Duréault et Conseil Général des Mines qui se substituent aux ingénieurs de la compagnie • Gendarmerie empêche les mineurs d'approcher pour laisser faire les ingénieurs
    • 14 mars : cadavres recouverts de chaux pour limiter épidémies, les rendant impossibles à identifier • Accès murés et ventilation inversée dès le 11-12 mars, étouffant les survivants potentiels • Sauveteurs allemands avec masques à gaz refusés longtemps malgré leur meilleur équipement
    Le 30 mars, un miracle : 13 mineurs surgissent après 20 jours souterrains, ayant survécu en mangeant un cheval et buvant leur urine, prouvant que les ingénieurs ont renoncé trop tôt au sauvetage.
  • Contexte social et tensions syndicales(1'4815'03)
    • Compagnies réduisent les salaires de 30% d'un coup pour augmenter leurs bénéfices • Anciennes corporations dissoutes par Révolution française en 1791 : syndicats et grèves deviennent délits • Grandes grèves à Anzin en 1884 et Decazeville en 1886 font des morts
    République rétablit les syndicats en 1884; progrès apparaissent aux niveaux des normes de sécurité, salaires et défense des travailleurs, bien que contexte reste tendu en 1906.
    • Vieux Syndicat (6 000-7 000 adhérents) mené par Émile Basly : réformiste, socialiste, représentatif du prolétariat minier concentré • Jeune Syndicat (500-600 cotisants) dirigé par Benoît Broutchoux : apolitique, CGT-proche, voulant révolution pour tous prolétaires
    Marguerite Durand (Madame Sorgue) : féministe française déclarée « femme la plus dangereuse d'Europe » pour avoir répandu idéaux syndicalistes en plusieurs pays européens et cause commune avec veuves des mineurs.
  • Scandale, répression et négociation(15'0318'14)
    • Délégué mineur Pierre Simon avait signalé mauvaise aération et poussières depuis 1905; incendie mal étouffé le 6 mars : la Compagnie savait • Survival des 13 mineurs prouve ingénieurs renoncés trop tôt, minimisant sauvetages pour protéger infrastructures • Compagnie demande aux veuves de déménager immédiatement pour loger nouveaux mineurs recrutés
    Grève devient violente le 2 avril avec sabotage des voies ferrées et pillages de maisons; confrontations entre syndicats; Clemenceau (ministre de l'intérieur depuis 14 mars) renforce l'armée à 30 000 soldats face 60 000 grévistes.
    Négociation débute 29 avril, accord le 6 mai : augmentation salariale 10% et réforme future promise; répression durcit; triomphe des modérés, révolution n'aura pas lieu; Émile Basly réélu aux législatives, écrase Broutchoux pris en scandale de détournement de fonds.
    Jeune Syndicat révolutionnaire instrumentalise détresse des victimes en détournant levée de fonds destinée aux veuves; mineurs se méfient des anarchistes de salon déconnectés du monde ouvrier.
  • Réformes légales et héritage(18'1420'49)
    • Théorie antipoussiériste définitivement rejetée; lampe de sûreté obligatoire dans toutes exploitations même sans grisou • Masque à gaz standardisé dans interventions de secours; pièges à grisou et poussières disposés régulièrement en galeries
    • Loi 3 juillet 1906 : repos hebdomadaire pour tous salariés industrie et commerce • 25 octobre 1906 : fondation Ministère Travail et Prévoyance Sociale • 27 mars 1907 : conseil des prud'hommes réformé, paritaire entre ouvriers et patronat
    Sauf 1 500 victimes Benxi Chine 1942, plus aucun accident minier n'atteint l'ampleur de Courrières; droit français rattrape les folies révolution industrielle avec code du travail plus sensé.
    En 1990 ferme dernière mine région; 2016 : RC Lens footballeurs et supporters se marquent visage d'un trait sombre en hommage aux Gueules Noires mortes 110 ans auparavant à Courrières.