Époque contemporaine/Le coup d'État de Napoléon III - Comprendre la IIe République : partie 2
Le coup d'État de Napoléon III - Comprendre la IIe République : partie 2

Le coup d'État de Napoléon III - Comprendre la IIe République : partie 2

Nota Bene19 min25 juil. 2022
Un aventurier français d'origine corse qui tente un coup d'état pour s'y maintenir, et qui 'sauve' la République en la transformant en Empire
7 chapitres
  • L'élection de Louis-Napoléon et la mise en place conservatrice(0'002'42)
    En décembre 1848, Louis-Napoléon Bonaparte est élu Président de la République avec le soutien des conservateurs qui souhaitent le manipuler.
    • Le chef du gouvernement Odilon Barrot est royaliste • Le général Changarnier, royaliste et rival de Bonaparte, contrôle le pouvoir militaire à Paris • Les députés royalistes dominent largement l'Assemblée • Le seul terrain d'affrontement reste l'Assemblée législative
    Le gouvernement force le vote de la loi électorale en janvier 1849 en massant les troupes près de l'Assemblée sous prétexte de troubles.
    L'élection oppose le Parti de l'Ordre (conservateurs et royalistes) à la Montagne (républicains démocrates-socialistes) pour le contrôle législatif.
  • Les élections de 1849 et la domination conservatrice(2'426'25)
    Le Parti de l'Ordre remporte plus de 50% des voix en mai 1849, tandis que les démocrates-socialistes obtiennent plus de 25% des suffrages.
    • Le Parti de l'Ordre souhaite préserver la propriété et la religion comme piliers de la société • La Montagne rêve d'appliquer la Constitution démocratique de 1793 • Les conservateurs jouent sur la peur du communisme pour consolider leur pouvoir • Ils contrôlent l'Assemblée, le gouvernement et la présidence
    Une expédition militaire française en Italie attaque Rome en juin 1849 sans autorisation de l'Assemblée pour rétablir le pouvoir du Pape et gagner les votes catholiques.
    La manifestation du 13 juin et les soulèvements provinciaux sont sévèrement réprimés. Des leaders comme Ledru-Rollin s'exilent en Angleterre pour éviter l'arrestation.
  • Les réformes conservatrices et le contrôle du suffrage(6'2510'37)
    • Loi du comte de Falloux en 1850 donnant à l'Église un énorme contrôle sur l'enseignement public et l'université • Légalisation sur les logements insalubres et les sociétés de secours mutuel • Création de caisses d'épargne et réglementation de l'apprentissage • Loi condamnant certaines violences contre les animaux
    Ces mesures améliorent la situation des citoyens mais ne remettent pas en cause le système. Les attentes élevées de 1848 restent inassouvies.
    • Fermeture de clubs et sociétés politiques • Obligation pour les auteurs de signer leurs articles politiques • Révocation de maires jugés 'rouges' • Surveillance des symboles républicains trop ostentatoires
    La loi du 31 mai 1850 limite drastiquement le suffrage universel en exigeant trois ans de résidence et le paiement d'un loyer personnel, supprimant 3 millions d'électeurs sur 9 millions.
  • Bonaparte organise son propre jeu politique(10'3712'40)
    Bonaparte renvoie le ministre Barrot fin 1849 et forme un nouveau gouvernement qui lui est fidèle. Il utilise le réseau ferroviaire pour parcourir la France et se forger une réputation populaire.
    • Il critique la loi de 1850 et se présente comme défenseur du suffrage universel • Il promet le suffrage aux républicains tout en jouant sur la peur du rouge avec les conservateurs • Il propose une modification de la Constitution pour étendre son mandat à 10 ans • Il crée le Parti de l'Élysée comme contre-pouvoir
    En décembre 1851, Bonaparte place Charles de Morny à l'Intérieur et Armand Leroy de Saint-Arnaud à la Guerre. Il nomme des fidèles à des postes stratégiques.
    L'opération Rubicon est lancée le 2 décembre, anniversaire de la bataille d'Austerlitz et du sacre de Napoléon Ier. Le coup est symboliquement référencé à Jules César franchissant le Rubicon.
  • L'exécution du coup d'État de décembre 1851(12'4016'19)
    • Les imprimeries sont occupées la nuit ; seuls les journaux favorables au pouvoir sont tirés au matin • Les troupes sont stratégiquement disposées dans Paris avec des affiches annonçant le coup de force • Des députés de gauche et de droite sont arrêtés, dont Adolphe Thiers et le général Changarnier • L'Assemblée législative est dissoute
    Bonaparte se revendique comme protecteur du véritable héritage révolutionnaire kidnappé par des députés corrompus. Il rétablit le suffrage universel et propose une nouvelle réforme pour un mandat de 10 ans.
    • Victor Hugo et Victor Schœlcher s'opposent publiquement au coup d'État • Le député Alphonse Baudin est tué sur une barricade au faubourg Saint-Antoine • Saint-Arnaud ordonne la fusillade des boulevards le 4 décembre, causant plusieurs centaines de morts • La dernière barricade tombe le 5 décembre
    Le plébiscite de fin décembre 1851 affiche 7,5 millions de oui contre moins d'un million de non, validant le coup de force. Cependant, le sang versé entache la réputation de Bonaparte.
  • De prince-président à Empereur Napoléon III(16'1919'25)
    Avec sa nouvelle constitution de 1852, Louis-Napoléon devient prince-président élu pour dix ans. Le pouvoir est partagé entre un Sénat designé par le prince et un Corps législatif élu au suffrage universel encadré.
    Le suffrage universel est rétabli mais sévèrement encadré par des candidatures officielles favorisées par le processus électoral et les autorités locales. Le régime a l'apparence de la démocratie sans en être vraiment une.
    Bonaparte effectue une nouvelle tournée en train pour renforcer sa popularité. À Bordeaux, il déclare : 'l'Empire, c'est la paix'.
    Le Sénat, désigné par Bonaparte, propose le retour de la dignité impériale, qui est plébiscitée. Le 2 décembre 1852, un an jour pour jour après son coup d'État, Bonaparte devient l'Empereur Napoléon III.
  • Conclusion : la IIe République et son héritage paradoxal(19'2519'12)
    La IIe République n'a vécu que quatre ans de 1848 à 1852. Cette période est l'une des plus étranges et confuses de l'histoire française.
    • Les alliances sont totalement improbables entre différents camps politiques • Les révolutionnaires et royalistes portent souvent les mêmes symboles • Les divisions au sein de chaque camp créent des coalitions contre-nature • Le nombre de coups bas au mètre carré est explosif
    La Seconde République est peut-être LA période de transition de l'histoire contemporaine française, caractérisée par des émeutes, des barricades et des massacres peu évoqués dans le récit national.
    Le régime instauré en 1852 est curieux : très autoritaire mais avec un vernis démocratique. Il représente une forme de gouvernement hybride combinant répression et apparence de liberté.