Moyen Âge/Les insultes drôles du Moyen Âge
Les insultes drôles du Moyen Âge

Les insultes drôles du Moyen Âge

Nota Bene15 min17 juil. 2023
7 chapitres
  • Introduction aux insultes médiévales(0'002'37)
    Le Moyen Âge est souvent perçu comme une période violente et chaotique, comparable au film Les Visiteurs. L'ancien français permettait des créations lexicales imagées qui sonnent comme une langue étrangère aux oreilles modernes.
    Au-delà des clichés, l'époque médiévale a été très créative en matière d'insultes. Certaines insultes médiévales existent toujours dans le français moderne, tandis que d'autres nous paraissent étonnantes ou incompréhensibles.
    • Filz a p*tain : ancêtre du moderne fils de p*te • Béjaune : vient de bec jaune, désignant un oisillon faible et inexpérimenté, équivalent du bizut
    Les insultes médiévales pouvaient être embellies avec des adjectifs pour renforcer l'effet offensant, comme filz de orde vilz p*tain et oultre.
  • Les gestes insultants du Moyen Âge(2'374'48)
    Geste d'origine italienne existant depuis l'Antiquité, où la main imite la forme d'une figue avec le pouce, le majeur et l'index. Devenu symbole des memes internet pour caricaturer les Italiens.
    • Légendaire : en 1159, Milan se révolte contre l'empereur Frédéric Barberousse. Les Milanais capture l'impératrice Béatrice de Bourgogne et la font chevaucher une mule à l'envers • Lexicale : le mot italien figa évoque à la fois le fruit et le sexe féminin, similaire à cunnus en latin
    Les défenseurs d'Arras assiégée en 1477 ont montré leur cul aux assiégeants. Montrer ses parties génitales constituait une insulte classique et grave.
    • Ôter le chaperon d'un homme : le neutraliser sexuellement, signifier qu'il n'a pas de mauvaises intentions • Déchirer le chaperon : perçu comme un grave coup symbolique • Dénuder les cheveux d'une femme : symbolise le viol, portée extrêmement grave
  • Classification thématique des insultes(4'488'03)
    • Coart/coues : dérivé de coué, Anglais avec queues, signifie lâche sans courage • Félon : perfide et dépourvu d'honneur chevaleresque • Sanglant traître : renforcement d'insulte utilisant sanglant, équivalent du bloody anglais
    Bougre : hérétique venant de bulgarius, Bulgare. Les Bogomiles implantés dans les Balkans étaient accusés d'être homosexuels pratiquant la sodomie. Un bougre est l'inverse d'un hétéro.
    Lare : le lépreux, insulte se moquant d'un défaut physique ou d'une maladie.
    • Paillard et ribaud : insultes à caractère sexuel affectant hommes et femmes • Les femmes sont encore plus souvent visées avec des termes comme sale p*te et chienne publique • Les insultes sexuelles dirigées vers la femme servent souvent à humilier l'époux
  • L'honneur : valeur centrale médiévale(8'0310'22)
    L'honneur concerne tous les niveaux de la société, pas seulement l'aristocratie. Chez un curé ou un fermier, le sentiment d'honneur joue un rôle social fondamental et peut être individuel ou collectif.
    • Être installé et exercer un métier honnête • Mener une vie familiale rangée • Être connu et apprécié de ses voisins • La cellule familiale est la base structurelle de la norme
    À la fin du Moyen Âge, l'honneur est intimement lié à la fama, la renommée. La bonne renommée donne accès à certains droits civiques et politiques. Un témoignage d'une personne fameuse vaut plus qu'un autre en justice.
    • Le vagabond et l'étranger de passage n'ont pas de réputation attestée et ne sont pas intégrés au corps social • Une réputation de larron, bâtard ou bougre peut disqualifier le témoignage d'une personne en procès • Le même crime est jugé plus ou moins sévèrement selon que c'est un honnête homme ou un ribaud qui l'a commis
  • L'insulte comme déclencheur de violence(10'2212'00)
    Si on vous insulte à l'époque, il faut répondre. Ne pas réagir revient à admettre que l'autre a raison. Les archives judiciaires débordent de cas d'insultes aussitôt démenties ou qui amènent une bagarre.
    Selon Claude Gauvard, 30% des homicides sont dus à une insulte contre seulement 5% pour adultère. Ces drames ont souvent lieu en public à la taverne ou en pleine rue devant des témoins.
    Vers 1220, le seigneur Bernard de Beyrouth tue Jean de Jérusalem, cousin du roi, pour avoir parlé grossièrement. Les nobles du pays soutiennent l'assassin et refusent de le remettre aux autorités car il a défendu leur honneur.
    • L'homicide public, même prémédité, reste un acte assumé et pardonnable quand il concerne l'honneur • Les autorités judiciaires voient d'un très mauvais oeil le meurtre caché, symbole de lâcheté • L'insulte ne sort jamais de nulle part : elle cristallise un conflit qui dure souvent depuis longtemps
  • Répression légale et évolution des peines(12'0014'07)
    Les agents du roi et les autorités municipales s'efforcent de condamner les insultes en imposant des peines d'amende. La loi de la ville allemande de Lübeck traite traiter quelqu'un de voleur ou meurtrier comme une véritable accusation justiciable.
    Les peines deviennent de plus en plus lourdes avec le temps, surtout quand on insulte le pouvoir ou celui qui le détient. Les pouvoirs politiques craignent les insultes qui peuvent dégénérer en vendettas familiales.
    • Au début du Moyen Âge, l'insulte à Dieu ou à l'Église est un simple péché : il suffit s'excuser au prêtre • À partir du 13e siècle, la réexploration du droit romain affirme l'intouchabilité de la sacralité de l'Église • Louis IX publie 4 ordonnances dans les années 1250-1260 imposant des peines d'amende ou prison • Charles VI menace de couper la langue aux blasphémateurs récidivistes
    • Au 12e siècle réapparaît la notion antique de lèse-majesté, similaire au blasphème mais envers le roi • Au 15e siècle, la lèse-majesté devient une arme juridique bien rodée • Louis XI l'utilise contre Miquelot Fauvel qui l'avait traité de roi de bren (roi de m*rde) : Miquelot est pendu
  • Conclusion : continuités et transformations(14'0715'02)
    Il y a beaucoup de points communs entre nos gros mots et ceux du Moyen Âge. Les insultes sont très diverses mais tournent souvent autour du sexe, et les injures les plus courantes du Moyen Âge sont aussi celles de notre époque.
    Au Moyen Âge, l'insulte était une véritable menace et un réel danger. Les gens y réagissaient très mal et la loi encadrait très durement ces insultes. Notre société, moins basée sur l'honneur, est plus protectrice.
    Il y a 3 siècles de différence entre la Chanson des Aliscans où on traite la reine de p*te mauvaise sans conséquences majeures, et le 15e siècle où Miquelot Fauvel est pendu pour avoir insulté le roi.
    Même si on ne finit pas poignardé aujourd'hui pour une insulte, on risque quand même de recevoir une bonne claque. C'est une raison de ne pas profiter pour balancer des trucs dégueux autour de soi.