
Simon Bolivar, le héros des indépendances de l'Amérique espagnole
12 chapitres
- L'empire espagnol en déclin et le contexte révolutionnaireVaste empireAu XVIIIe siècle, l'empire colonial espagnol est le plus vaste de la Terre, issu des conquêtes consécutives à la découverte du Nouveau Monde sur les ruines des civilisations conquises comme les Incas, les Aztèques et les Mayas.Ressources abondantes• Mines de Pérou • Plantations des Caraïbes • Pampas d'Argentine • Plateaux du Mexique • Hautes-Terres de ColombieDéclin progressif• Épidémies ayant ravagé les populations indiennes • Concurrence des trafics de contrebande dans les Caraïbes • Industriels britanniques • Épuisement d'une partie des ressources minières • Marginalisation politique de l'Espagne en EuropeRévolutions atlantiquesL'enfance de Simon Bolivar coïncide avec le temps des Révolutions atlantiques, ce grand bouleversement politique touchant l'Europe et l'Amérique à la fin du XVIIIe siècle où la révolte est dans l'air du temps.
- La position privilégiée du jeune Bolivar et son éducationOrigines aristocratiquesNé le 24 juillet 1783 dans une riche famille aristocratique de Caracas, Simon Bolivar fait partie de la classe des Créoles, les Blancs nés dans les colonies, au sommet de l'échelle sociale.Richesse familiale• Propriété de mines de cuivre • Vastes troupeaux • Plantations d'indigo • Plantations de cacao • Plantations de canne à sucreOrphelin précoceSon père Juan Vincente meurt lorsqu'il a trois ans, l'élevant dans un environnement féminin avec sa mère Maria Concepcion et l'esclave noire Hipolita. À neuf ans, il devient orphelin après le décès de sa mère emportée par la tuberculose.Formation intellectuelleAuprès de son précepteur Simon Carreño-Rodriguez, il reçoit pendant trois ans un enseignement anticonformiste des idées démocratiques des Lumières, s'éveillant à la nature et à la philosophie tout en manifestant beaucoup d'intérêt pour l'escrime, l'équitation et la danse.
- Années formatives en Europe et mariage tragiqueAnnées espagnolesBolivar embarque en janvier 1799 pour l'Espagne où il est introduit à la cour du roi Charles IV, fréquente les salons mondains se familiarisant avec la politique et obtient le grade de lieutenant à seize ans.Expérience parisienneIl se rend à Paris en 1802 où il se plaît beaucoup dans le bouillonnement révolutionnaire, dépense une partie de la fortune familiale dans les cabarets et maisons closes, puis assiste au couronnement de l'empereur Napoléon Ier.Mariage et deuilIl se marie à Madrid avec Maria Teresa, une jeune femme rencontrée en Espagne, mais retour au Venezuela elle décède quelques mois plus tard. Dévasté par le chagrin, il renonce à se marier à nouveau et n'aura que des conquêtes féminines sans lendemain.Transformation politiqueAprès un voyage en Italie sur les traces de la grande histoire antique où il se promet de libérer l'Amérique du Sud, il revient à Caracas en 1807 profondément changé mais n'est pas encore un révolutionnaire.
- L'invasion française de l'Espagne, étincelle des indépendancesInvasion napoléonienneEn 1808, Napoléon envahit l'Espagne et dépose le roi Ferdinand VII, mettant son frère Joseph Bonaparte à la tête du nouveau territoire pendant que les colonies passent théoriquement sous contrôle français.Soulèvement colonialLe changement de dynastie provoque un soulèvement à peu près partout pour soutenir Ferdinand, le souverain légitime. Chaque province s'organise pour pallier l'absence d'autorité royale et en 1810 rédige une Constitution supprimant le pouvoir absolu du roi.Tensions créolesLes provinces américaines se voient attribuer un poids électoral quatre fois inférieur à l'Espagne malgré leur participation active à la lutte contre l'occupant français, suscitant l'indignation des Créoles.Vers l'indépendanceCe qui était d'abord un soulèvement pour soutenir la mère-patrie devient rapidement une lutte pour l'indépendance. Les Créoles refusent d'être à ce point minoritaires et le continent sombre pour quinze ans dans une immense guerre civile.
- Premiers combats et la Campagne admirableEngagement politiqueEn 1810, le gouverneur du Venezuela démissionne accusé de sympathie envers les Français et est remplacé par des membres de l'élite créole. Bolivar est promu capitaine et envoyé à Londres pour demander la protection de l'Angleterre face à une éventuelle attaque française.Proclamation d'indépendanceAu retour à Caracas, le mécontentement contre l'Espagne s'est développé et Bolivar intègre les cercles de débats politiques. Il prend la parole, appelle à couper le cordon avec la mère-patrie et participe à la proclamation d'indépendance de la République vénézuélienne le 5 juillet 1811.Premiers reversUne expédition espagnole menée par le général Monteverde débarque pour réprimer le soulèvement un an après la proclamation d'indépendance. Aidés par des Vénézuéliens fidèles au roi, les Espagnols prennent Caracas en juillet 1812 et Bolivar doit s'enfuir.Campagne audacieuseEn 1813, Bolivar lance la Campagne admirable, mêlant la guerre de mouvement et la guérilla. L'effet de surprise se révèle être un avantage psychologique décisif et après avoir libéré plusieurs villes, il gagne pour la première fois le titre de Libertador et entre triomphalement à Caracas le 7 août 1813.
- Exil et reconstruction de l'armée de libérationNouvelles défaitesLe succès est fragile car en 1814 en Europe, l'Empire français cède ses territoires et Ferdinand retrouve la couronne. Il rétablit l'absolutisme et envoie des renforts en Amérique. Bolivar est chassé de Caracas une deuxième fois en 1814 par les llaneros insurgés.Refuge haïtienAprès une nouvelle tentative échouée, Bolivar embarque le 9 mai 1815 pour la Jamaïque où il vit misérablement quelques temps, puis s'exile en Haïti où il est accueilli chaleureusement par le président Pétion.Armée diverse• Esclaves libérés • Paysans • Indiens • Mercenaires européens • Soldats démobilisés des guerres napoléoniennesPromesse d'abolitionInfluencé par son voyage en Haïti, Bolivar comprend qu'il doit s'assurer du soutien de la population noire en esclavage. En 1816, il promet de libérer les esclaves et de leur redistribuer les terres confisquées à leurs maîtres, mais cette intégration n'a pas été un franc succès.
- Expédition vers Bogota et formation de la Grande ColombieNouvelle stratégieAprès trois échecs à reprendre Caracas, Bolivar change de tactique. Imitant l'audace d'Alexandre et de César, il attaque là où on ne l'attend pas : Bogota, très loin à l'intérieur des terres.Traversée périlleuseUne expédition est montée pour traverser tout le Venezuela en remontant le fleuve Orénoque sur 1 500 km en pleine saison des pluies. Une fois atteinte la Colombie, l'armée escalade les flancs de la Cordillère des Andes, prend à revers les armées du roi battues à Boyaca.Exploit militaireEn quelques mois, Bolivar et ses partisans parcourent des milliers de kilomètres sans cartes précises, franchissent des cols vertigineux en empruntant des sentiers étroits datant parfois de l'Empire inca, et aucun pont ne permet de traverser les fleuves.Victoire fondatriceBolivar réussit à prendre Bogota en juillet 1819 où il proclame la création de la République de Colombie. De Bogota, il recrute davantage de soldats et finance la guerre par la confiscation des biens des Espagnols et des prélèvements forcés sur les villes libérées.
- Libération du Venezuela et apogée continentaleVenezuela libéréUne campagne est organisée pour libérer le Venezuela, définitivement fait en 1821 après une victoire écrasante à Carabobo. Bolivar entre une nouvelle fois triomphant à Caracas, huit ans après la première libération de la ville.Union régionaleLe Venezuela est aussitôt intégré à la République de Colombie pour former la Grande Colombie. En 1821, Bolivar est nommé président de ce nouvel État. Dans le même temps, le reste des colonies espagnoles d'Amérique s'embrase avec le Mexique se libérant sous Hidalgo et Morelos.Équateur et PérouEn 1822, Bolivar marche sur l'Équateur avec l'intention de l'intégrer à sa République de Grande Colombie. Après six mois de campagne militaire s'illustrant le général Antonio Sucre, le port de Guayaquil est intégré avec succès. San Matin, autre libérateur originaire d'Argentine, libère le Chili et marche sur le Pérou.Sommet de la gloireEn 1824, Bolivar cumule les titres de président du Venezuela, président de Colombie et dictateur du Pérou. Il effectue des tournées triomphales où il est reçu comme un roi avec des arcs de triomphe fleuris. La rumeur court qu'il va se proclamer empereur mais Bolivar refuse de se transformer en Bonaparte américain.
- Campagne du Pérou et bataille d'AyacuchoContexte péruvienBolivar passe trois ans au Pérou entre 1823 et 1826 pour lutter contre ce qu'il reste des forces loyales à la couronne d'Espagne. Le contexte politique y est beaucoup plus confus avec des trahisons et coups fourrés légion et le rapport de force très favorable aux Espagnols.Préparation minutieuse• Réquisition de chevaux, poudre et vêtements • Enrôlement de force des jeunes hommes de la région • Organisation de postes de ravitaillement • Mobilisation de nombreux porteurs indiens • Préparation méthodique du plan d'attaqueGouvernement LimaAprès une victoire contre les troupes espagnoles, Bolivar laisse le général Sucre achever la conquête et regagne la capitale Lima sur la côte pour y diriger le gouvernement. Il s'attaque en priorité à la corruption en déclarant la peine de mort pour tout fonctionnaire détournant de l'argent public.Victoire définitiveÀ la bataille d'Ayacucho le 9 décembre 1824, le général Sucre et ses hommes écrasent les forces loyalistes et mettent définitivement fin à la présence espagnole en Amérique du Sud. La région du Haut-Pérou est détachée pour former la Bolivie, dont le nom est directement emprunté à Bolivar.
- Déclin politique et mort en exilPremiers problèmesDès 1825 apparaissent les premières difficultés. Le continent est certes libéré mais il reste à faire de toutes ces anciennes colonies des États viables avec un pouvoir central efficace. Partout les chefs locaux tentent de se tailler de petits royaumes.Tentative d'unionBolivar convoque une réunion avec les représentants de toutes les nations de l'Amérique espagnole pour proposer une grande union à la manière des États-Unis. Le meeting au Panama en 1826 ne rencontre qu'un engouement modéré, plusieurs pays n'envoyant pas de délégués et seule la Colombie ratifie le texte.Dictature et oppositionFace à l'opposition des députés à Bogota, Bolivar se donne les pleins pouvoirs en août 1828 pour exercer une dictature. Cela scandalise ses adversaires et une tentative de putsch et d'assassinat échoue en septembre 1828. Son autoritarisme inquiète et il est de plus en plus accusé de tyrannie.Chute finaleFace à l'opposition croissante et aux volontés séparatistes, Bolivar renonce à sa présidence en mars 1830. Il est contraint de constater le démembrement de la Grande Colombie en trois États indépendants. Ayant dilapidé les 4 millions de pesos de la fortune familiale, il vit retiré rongé par la tuberculose et le paludisme.
- Bilan politique et mort du LibertadorImpuissance réformatrice• Les mesures comme la distribution de terres et création d'écoles sont superficielles • Tous les projets d'unions nationales ont échoué • Problème d'être un président nomade sans comprendre les problèmes locaux • L'abolition de l'esclavage très peu appliquéeMelancholie finaleDans ses moments de déprime médisant sur ses actions, Bolivar regrette sa naïveté, son absence de descendance et dévalorise l'œuvre de sa vie qu'il juge finalement inutile. Il reconnaît à la fin qu'il a été impuissant pour réformer le continent.Mort sans gloireC'est un Libertador déchu et mélancolique qui s'éteint le 17 décembre 1830 à l'âge de 47 ans, vaincu par la maladie. Ceux qui le fréquentent disent qu'il est affreusement fatigué et paraît avoir près de soixante ans. Il n'a pas droit à des funérailles nationales, ce dictateur à la retraite indiffère ou suscite la suspicion.Évaluation contrastéeSon rêve s'est réalisé qu'à moitié : les Espagnols ont bien été chassés mais les sociétés d'Amérique du Sud sont restées verrouillées et divisées. La tâche qu'il s'était fixée était trop grande pour un seul homme.
- Mythe posthume et ambiguïtés du personnageConstruction du mytheLe mythe qui entoure Bolivar a mis du temps à se constituer en partie par l'Europe où sa vie inspira les artistes romantiques. De nombreux sculpteurs le représentent en buste ou à cheval triomphant tandis que poètes et écrivains latino-américains comme José Martí, Rubén Darío ou Pablo Neruda se saisirent de cette figure héroïque.Symbole d'espoirLe projet d'union de toutes les nations d'Amérique latine est resté un grand espoir chez les peuples du continent. La figure de Bolivar a été mobilisée au XXe siècle quand le continent connaissait des dictatures sanguinaires comme un espoir dans ces temps troublés.Vénération syncrétiqueChez les descendants d'esclaves du continent sudaméricain, on se souvient de Bolivar comme celui qui décréta l'abolition en 1816. Il est inclus dans une religion syncrétique mélangeant les croyances de diverses origines où il tient une position égale à celle des saints du christianisme.Critique du mythe démocratique• Bolivar passe pour champion de la démocratie mais il disait que la démocratie est débile • Il proposait que le suffrage universel soit interdit aux illettrés, mendiants, domestiques, ouvriers et joueurs • Seuls 10% environ de la population auraient eu droit de vote dans sa République idéale • Il a inscrit dans la Constitution bolivienne le principe de présidence à vie





