
La nécropole des rois de France - Basilique de Saint-Denis
11 chapitres
- Introduction à Saint-Denis et les fouilles archéologiquesLieu historiqueLa basilique de Saint-Denis a servi de nécropole aux rois de France. Elle possédait une grande flèche encore plus haute que celle de Notre-Dame de Paris.Importance archéologique• Les fouilles permettront de mieux comprendre le passé • Le chantier sur la place Jean Jaurès met au jour les restes de l'ancien marché médiéval • L'INRAP (Institut National de Recherches Archéologiques Préventives) dirige les excavationsQuestions centrales• Comment passe-t-on d'une communauté agricole à un centre religieux puis à une cité marchande ? • Le Moyen Âge a-t-il vraiment disparu ou vit-il sous nos pieds ? • Pourquoi le passé est-il enfoui dans le sol ?Mémoire collectiveL'histoire des citadins, voyageurs, marchands, artisans et paysans s'est jouée ici. Leur labeur et argent ont financé les églises et châteaux.
- Formation des strates et processus archéologiquesAlluvions naturellesL'écoulement des eaux, la pluie et l'érosion charrient de la poussière et de la matière qui s'élèvent en couches successives, ensevelissant les plus anciennes.Activités humaines• Déchets et déjections de l'élevage • Fossés creusés dont la terre est repositionnée ailleurs • Débris de poteries damés pour former des sols en terre battueConstruction urbaineLa construction est l'activité la plus encombrante. En ville, chaque nouveau bâtiment est construit par-dessus un autre, lui-même fondé sur un plus ancien.StratigraphieCes strates permettent l'étude stratigraphique : plus on va profond, plus on regarde loin dans le passé. Les archéologues analysent ces couches comme un mille-feuille.
- Des origines au premier sanctuaire chrétienPremiers occupants• Le site est occupé depuis le Néolithique • Une voie romaine du 1er siècle passe par là, reliant Rouen à Paris • À l'époque, Denis, évêque chrétien à Lutèce, est tuéLégende et culteSelon la légende chrétienne, Denis décapité aurait trimballé sa tête jusqu'à Saint-Denis pour la remettre à la veuve de Catulla, qui l'enterre sur place.Développement religieux• Au 4e siècle, un mausolée est peut-être dressé en son honneur • Une nécropole se développe autour • La chapelle du cimetière romain est agrandie de 11m vers 451-459 • Sainte Geneviève, membre de la Curie, aurait participé à la reconstruction du sanctuaire au 6e sièclePratique funéraireL'inhumation ad sanctos (être enterré à côté d'une personne sainte) attire les dépôts. Au 6e siècle, Arégonde, femme de Clotaire Ier, y est enterrée. La nécropole s'étend rapidement sur 8.000 m².
- Monastère mérovingien et transformation de DagobertCommunauté monastiqueUne communauté d'environ 150 personnes entretient et gère le sanctuaire durant tout le Moyen Âge. Les Mérovingiens les organisent en monastère.Dagobert et la nécropole royale• En 632 et 636, Dagobert Ier fait reconstruire l'oratoire et le prieuré Sainte-Geneviève • Il est le premier roi à se faire enterrer à Saint-Denis • Sa décision devient une tradition parmi les souverainsDéveloppement urbain• Vers 650, le monastère est construit • Des sanctuaires secondaires dédiés à saint Barthélemy, saint Paul et saint Pierre apparaissent au Nord • Dagobert organise une grande foire devant la basiliquePatrimoine royalSaint-Denis devient la nécropole royale. Les dépouilles de 66 reines et rois y reposent jusqu'à Louis XVIII, entourées d'une centaine de princes, princesses et fidèles serviteurs.
- La basilique carolingienne et fortifications vikingsInnovation architecturale• L'abbé Fulrad visite Rome et s'inspire des basiliques Saint-Paul-hors-les-Murs et Saint-Pierre-aux-Liens • Commencée en 768, la nouvelle église a un plan basilical : long rectangle de 9 travées sur trois nefs • Elle mesure 80 m de long et plus de 20 m de largeConsécration carolingienneCharlemagne en personne est présent à la consécration de l'église en 775, marquant son importance.Menace viking et défense• En 845, les vikings qui assiègent Paris s'attaquent aussi à Saint-Denis • Charles le Chauve fait fortifier le monastère en 869 • Un castellum (enceinte en bois) protège 8 hectares, connu par les archives et révélé par les fouilles archéologiquesInfrastructure hydrique• Le Croult, canalisé, alimente les fossés • Le ru de Montfort, au faible courant, sert à écouler les eaux usées et les déchets, d'où son surnom de Merdret
- L'abbé Suger et la révolution gothiqueConfiguration antérieure• La basilique était bipolaire : Saint-Denis était enseveli dans l'abside à l'Est, Pépin le Bref dans le massif occidental à l'Ouest • On entrait par le Nord, bordé de 7 chapelles servant de paroisses • Au sud, la clôture monastique contenait le cloître et les bâtiments de la communautéTransformation de Suger• Entre 1135 et 1144, Suger fait entièrement rebâtir la basilique • Le Nord est fermé et trois portails s'ouvrent vers l'Ouest sur la Panetière (place marchande actuelle place Victor Hugo) • Au-dessus des portes, on crée une grande rosaceInnovations lumineuses• De grandes ouvertures garnies de vitraux percent la nef • La lumière noie le bâtiment de couleurs jusqu'au chœur avec ses hautes chapelles rayonnantes • Ces inspirations de Bourgogne et Normandie rencontrent un succès phénoménalNaissance du gothique• En 1144, la consécration du chevet rassemble tous les grands du royaume : le roi Louis VII, la reine Aliénor d'Aquitaine, l'archevêque de Cantorbéry, 24 évêques et archevêques • L'édifice mesure 108 m de long, 39 m de large, 29 m de haut • La flèche atteint 86 mètres de haut • L'Europe entière adopte cette nouvelle architecture appelée l'art gothique
- Les fouilles du massif occidental et vie du chantierDécouvertes constructives• Une épaisseur de 60 cm de déchets de taille calcaire correspond à la mise en œuvre de la pierre médiévale • Les trous de poteau correspondent aux échafaudages qui ont permis de monter les murs • Les marques de tailleur sur les murs montrent l'organisation des équipes de tailleurs de pierreEvolution du projetLa conception se faisait au fur et à mesure du chantier, signe d'une époque où la conception architecturale évoluait. Les plans ont eux-mêmes évolué et ont été transformés pendant la construction.Durée et complexitéLa construction du massif occidental a duré environ trois ans. Changer de parties une fois qu'un mur était monté sur 3 mètres était difficile, particulièrement pour les fondations.Contexte archéologiqueLe chantier de la basilique couvre 420 à 450 mètres carrés. Sous ce chantier se trouve la fameuse nécropole royale, car la tour nord du massif occidental ne date que du 12e siècle.
- Les sépultures et évolution des contenants funérairesDiversité des cercueilsLes cercueils évoluent significativement entre l'époque gallo-romaine, mérovingienne et le Moyen Âge, témoignant d'une évolution importante des contenants funéraires.Cercueils en bois et plâtre• À l'époque gallo-romaine, on trouve des traces de sépultures avec de gros cercueils en bois • Progressivement, on abandonne ces énormes cuves de bois pour des cuves en plâtre • En Île-de-France, le gypse abundant permet la production de plâtreTechnique du plâtre• Au 5e siècle, les cercueils sont composés d'un moule interne et externe en plâtre • Le plâtre est coulé à l'intérieur, puis démoulé après séchage • Les cercueils résultants sont généralement trapézoïdaux et entièrement en plâtreTombes minimalistes• 211 sépultures exactement ont été retrouvées sur le chantier • Environ 110-115 datent de l'époque mérovingienne (5e-8e siècles) • Le reste s'étale entre le 8e et 12e-13e siècles, avec des tombes beaucoup plus minimalistes, principalement des coffrages en bois
- Analyse des squelettes et investigations futuresProcessus de décomposition• Lorsqu'un corps se décompose, le cadavre gonfle et des phénomènes physico-chimiques surviennent • Les os bougent dans tous les sens au cours de ce processus • Une fouille minutieuse permet de déterminer pourquoi les os ont bougéIndices funéraires• La position des coussins sous la tête • La présence de chaussures • Les linceuls qui enserrent le corps • Une fouille minutieuse décèle le processus du dépôt du cadavre jusqu'à aujourd'huiPopulation identifiéeDes indices suggèrent une population d'ecclésiastiques dans cette zone de la nécropole, mais des investigations supplémentaires sont nécessaires.Recherches scientifiques• L'analyse des vestiges du bassin permettra de déterminer le sexe des individus • L'ADN confirmera le sexe et révélera les liens de parenté • Cette grande aventure scientifique permettra de classifier les personnes enterrées et répondre aux questions sur qui est vraiment enterré ici
- La foire du Lendit et vie marchande médiévaleFoire internationale• Au 12e siècle, la foire royale du Lendit s'installe à proximité de la ville, entre Paris et Saint-Denis • Des marchands de toute l'Europe, de Byzance, d'Orient et d'Afrique y affluent • Les loges de la foire étaient installées dès le 11e siècleCaractère religieux et commercial• La foire était associée à une fête religieuse en rapport avec Saint-Denis, d'où son caractère non permanent • Le marché était utilisé toute l'année, mais pas en tant que foire de Lendit • L'importance de la foire venait des pèlerins du monde entier qui venaient à Saint-Denis à ce momentMarchandises et matériaux• Céramique et verre trouvés sur le site • Matériaux organiques bien conservés grâce à l'humidité des caves : bois, cuivre et textile • Le textile est assez rare d'être aussi bien conservé ailleursTransformations successives• En 1854, les loges de la foire ont été démolies et remplacées par trois ou quatre halles métalliques • Entre la fin du 19e et le début du 20e siècles, les halles métalliques ont été démolies • Elles ont été remplacées par la plantation d'arbres et la construction d'un kiosque à musique, lui-même démoli vers le milieu du 20e siècle
- Conclusion et perspectives archéologiques futuresFouilles en coursLes fouilles vont durer encore un moment avec la perspective de découvrir d'autres choses. Des fouilles opérées dans les rues adjacentes ont l'espoir de trouver le fossé de l'enceinte et une porte.Journées Européennes de l'Archéologie• Les JEA se déroulent les 16, 17 et 18 juin 2023 • Elles ont lieu sur la Place Jean Jaurès à Saint-Denis • Aussi partout en France et en Europe • C'est l'occasion de rencontrer les archéologues sur les chantiers et elles ont lieu tous les ansRôle de l'INRAPLe P dans INRAP signifie Préventive. Quand il y a un gros projet en ville, on fouille préventivement pour éviter de détruire quelque chose.Importance patrimoniale• Les archéologues qui travaillent sur ces chantiers ne sont pas des gens qui vivent dans le passé • Ce sont des gens qui participent activement au projet du présent • Ils évitent que la population perde son patrimoine • L'objectif est de documenter et préserver les vestiges pour les générations à venir





