Moyen Âge/L'Histoire du Mali : le royaume le plus riche du Moyen Age ?
L'Histoire du Mali : le royaume le plus riche du Moyen Age ?

L'Histoire du Mali : le royaume le plus riche du Moyen Age ?

Nota Bene19 min24 juin 2021
En Afrique, qu'est-ce qu'il se passait pendant ce temps là ?
12 chapitres
  • Introduction et contexte historique(0'572'37)
    Le Mali médiéval reste peu connu en Occident, souvent réduit à des images de mosquées en banco comme celles de Tombouctou et Djenné inscrites au patrimoine UNESCO.
    Le Mali est le royaume médiéval africain ayant eu la plus grande renommée en dehors d'Afrique du fait de sa richesse en or, le principal fournisseur du monde méditerranéen du XIIIe au XVe siècle.
    Le Mali est mentionné dans de nombreuses sources littéraires arabes du Moyen Âge, mais ces informations ont rarement filtré vers l'Europe, et les puissances arabes d'Afrique du Nord connaissaient mal ce qui se tramait au sud du Sahara.
    Le royaume du Mali est apparu subitement dans le monde médiéval musulman, révélant sa puissance lors de la visite remarquée de son roi en Égypte.
  • La visite spectaculaire du roi Mûsâ en Égypte(2'374'00)
    En 1324, le roi Mûsâ du Mali arrive en Égypte avec plus d'un millier de compatriotes sur la route du pèlerinage à La Mecque, après avoir traversé plusieurs milliers de kilomètres de désert.
    • Le roi Mûsâ fait forte impression au Caire par sa générosité, sa noblesse et son strict respect des piliers de l'Islam • La quantité d'or qu'il distribue stupéfait les Égyptiens • Il arrive avec des chameaux chargés d'or mais en repart sans, devant en emprunter aux marchands égyptiens à des taux supérieurs au marché
    Le passage du roi malien aurait provoqué une baisse durable de la valeur de l'or par rapport à l'argent dans toute l'Égypte tant il en avait apporté.
    Cette visite reste très mémorable pour les Égyptiens du XIVe siècle et génère une véritable curiosité pour l'Afrique subsaharienne, incitant les plus grands savants musulmans à se pencher sur ce fabuleux royaume.
  • Les sources et témoignages médiévaux(4'005'47)
    Au XIVe siècle, les écrits évoquant le Mali se multiplient au bord de la Méditerranée, provenant essentiellement des marchands sahéliens qui racontent ce qu'ils ont vu de l'autre côté du Sahara.
    • Al-Umari, Ibn Battuta et Ibn Khaldun sont les trois auteurs du XIVe siècle ayant livré des témoignages importants • Seul Ibn Battuta s'est rendu en personne dans le royaume du Mali • Les deux autres se contentent de questionner des personnes originaires de ces régions
    L'Atlas catalan conservé à la Bibliothèque Nationale de France figure le roi Mûsâ mort en 1337, le représentant assis sur un trône portant des habits d'or avec des attributs de royauté européenne non utilisés au Mali.
    Malgré les limitations, ces sources font l'effort rarissime à l'époque de citer leurs sources, offrant des informations précieuses sur le Mali médiéval.
  • Ibn Battuta et sa description du Mali(5'477'36)
    Ibn Battuta est l'un des plus grands voyageurs médiévaux ayant parcouru l'Afrique, la péninsule arabique, l'Asie centrale, l'Inde, l'Indonésie et la Chine, bien que les historiens doutent de la réalité de tous ses voyages.
    Ibn Battuta passe environ huit mois dans la capitale malienne entre 1352 et 1353, s'établissant dans le quartier des Blancs réservé aux marchands méditerranéens.
    • Il décrit les élites du pays plus que le mode de vie de la population qu'il juge assez misérable • Il observe des gouverneurs dans les provinces et des fonctionnaires chargés de percevoir l'impôt • Il visite la capitale et descend le fleuve Niger en passant par Tombouctou et Gao
    Il dépeint un royaume où les voyageurs peuvent se déplacer en toute sécurité, où règnent l'ordre et la justice, mais il désapprouve certains us et coutumes maliens notamment la nudité partielle des femmes.
  • Fondation et organisation politique du Mali(7'3611'19)
    L'épopée de Soundjata Keita est un récit généalogique devant servir au clan Keita à affirmer sa primauté sur les autres et renforcer sa légitimité sur le trône, mélangeant légende et quelques informations historiques.
    • L'épopée décrit un espace morcelé politiquement et en proie aux raids des voisins du Nord • Ces raids visaient à se fournir en esclaves auprès de la population malinké locale • L'unification par Soundjata aurait permis de mettre fin à cette traite et faire respecter l'ordre
    Le Mali n'est pas le premier État centralisé d'Afrique de l'Ouest, après le royaume du Ghana, et repose sur un système de vassalité où des rois locaux prêtent allégeance au grand roi du Mali.
    Le pouvoir royal s'ajoute aux chefferies tribales existantes, le roi garantissant la sécurité en échange d'un titre prestigieux et du prélèvement de richesses dans leur territoire.
  • Territoire et démographie du Mali(11'1912'33)
    À son apogée au XIVe siècle, le Mali s'étend sur une grande partie de l'Afrique de l'Ouest, du rivage du Sénégal jusqu'à la boucle du Niger.
    • Le royaume est peuplé de malinké, bambara, wolof, peul, berbères, songhay, dogon et bien d'autres • La langue arabe constitue l'équivalent du latin en Europe, servant de langue commune pour l'administration
    La grande majorité du territoire se situe dans la zone climatique sahélienne semi-désertique, une savane arborée dominée par l'acacia, le baobab et le karité, avec un climat devant être plus vert au XIVe siècle qu'aujourd'hui.
    • L'élevage transhumant domine la région • Agriculture du mil, sorgho, riz et fonio grâce aux fleuves permettant l'irrigation • Cultures de courges et haricots • Pêche spécialisée sur le Niger par plusieurs ethnies
  • L'or, richesse centrale du Mali(12'3313'51)
    L'or du Mali tient une place majeure dans les échanges commerciaux avec l'extérieur, sa pureté étant reconnue dans l'ensemble du monde méditerranéen et très recherché pour frapper des monnaies.
    Malgré l'attrait qu'il génère, l'or reste pratiquement absent des récits des géographes arabes, ni les marchands ni Ibn Battuta ne pouvant approcher les gisements, le royaume gardant jalousement le secret de son origine.
    • Plusieurs régions du Sénégal à l'Est jusqu'au Burkina Faso pratiquent l'exploitation aurifère • L'exploitation est plutôt villageoise et familiale, soit dans les rivières pour récolter des paillettes soit dans des puits creusés • Le Mali agit davantage comme courtier que comme exploitant
    Le pouvoir ne prend pas en charge la production mais se contente de percevoir une rente sur les marchandises transitant par son territoire.
  • Réseaux commerciaux et échanges(13'5115'29)
    • Le Mali fournit le monde musulman en or et en esclaves capturés plus au Sud • L'or transite par l'Espagne pour fournir l'Europe occidentale • Ce rôle était auparavant assuré par le Ghana jusqu'à sa destruction en 1076, puis repris par le Mali à partir du XIIIe siècle
    • Sel du Sahara provenant des salines de Teghaza au nord du Mali actuel • Étoffes, parfum, cuivre, perles de verre et coquillages • Les cauris ramassés aux Maldives servent de monnaie
    Les routes commerciales ne suivent pas d'itinéraires marqués mais relient des points d'eau, ayant très peu changé à travers les âges, permettant aux villes situées en bout de route de conserver longtemps leur position avantageuse.
    Deux mois de voyage harassant sont nécessaires pour traverser le Sahara, les chameaux étant engraissés à l'avance, on buvant de l'eau saumâtre dans les puits qui jalonnent la route, tout écart pouvant être mortel.
  • Système douanier et contrôle des frontières(15'2916'00)
    La ville de Oualata, à l'extrémité sud de la Mauritanie actuelle, constitue un véritable poste frontière du royaume du Mali.
    • Tous les marchands passant à Oualata doivent se présenter devant le farba, le gouverneur local • Le farba est assis à l'ombre entouré de gardes armés • Les marchands lui rendent hommage dès leur arrivée
    Les biens transportés sont mis sous la garde de soldats du Mali et l'État en prélève une partie en tant que taxe commerciale.
    Après Oualata, les marchands doivent encore marcher vingt-quatre jours pour rejoindre la capitale du Mali, rendant l'accès au cœur du royaume très contrôlé.
  • Islam et politique économique malienne(16'0017'06)
    L'économie du royaume est prospère mais totalement dépendante des débouchés au Nord du Sahara, constituant un réel danger que les souverains n'ont jamais pris la mesure de comprendre.
    Une fois les marchandises dans le pays, elles transitent par un réseau interne servant à les redistribuer sur tout le territoire, géré par un groupe de marchands locaux convertis à l'Islam.
    • Les souverains du Mali adoptent l'Islam pour contrôler les transactions commerciales et profiter de cette rente • La lignée régnante bâtit de grandes mosquées et institutions religieuses contribuant à son prestige de l'autre côté du Sahara • Il s'agit d'un calcul politique et économique
    Il est vraisemblable que la majorité de la population conserve des croyances autochtones et que les rituels officiels de la cour mélangeaient les religions musulmane et locale.
  • Déclin du Mali et montée du Songhay(17'0618'21)
    Au XVe siècle, les sources arabes se taisent au sujet du Mali, correspondant au déclin du royaume à cette époque.
    • À la fin du XVe siècle, la région orientale du Mali peuplée par les Songhay s'émancipe • Le roi de Gao affirme son indépendance et conquiert une partie du territoire malien • Au XVIe siècle, le Songhay se substitue complètement au Mali pour fédérer les peuples de la région
    Le déplacement du pouvoir vers l'Est en pays Songhay correspond à l'arrivée des Portugais sur les côtes africaines et à l'affaiblissement des routes transsahariennes de l'Ouest.
    Les navires portugais détournent les routes commerciales, l'or étant désormais convoyé vers la mer plutôt que vers le désert, renforçant les royaumes de la côte du Golfe de Guinée au détriment du Mali et du Songhay.
  • Fin de l'empire songhay et avenir du Mali(18'2119'45)
    Malgré sa rapide ascension, l'empire Songhay ne dure que très peu de temps, déclinant rapidement au XVIe siècle.
    • En 1590, une étonnante expédition marocaine traverse le Sahara et s'empare de Tombouctou et Gao sur le fleuve Niger • Une élite marocaine est maintenue sur place quelque temps • On ne peut pas parler de colonisation durable
    La grande époque d'un royaume puissant et unifié en Afrique de l'Ouest est terminée, les chefferies locales redeviennent indépendantes et la connaissance historique se brouille pour plusieurs siècles.
    L'espoir réside dans la fin de l'insécurité au Sahel et le retour de programmes archéologiques ambitieux pour découvrir notamment la capitale du Mali et compléter ce que les textes historiques ne nous disent pas.