Époque contemporaine/Comment était Rouen au 19e siècle ? Histoire, peinture et impressionnistes
Comment était Rouen au 19e siècle ? Histoire, peinture et impressionnistes

Comment était Rouen au 19e siècle ? Histoire, peinture et impressionnistes

Nota Bene16 min8 mars 2020
12 chapitres
  • Introduction au musée et à l'histoire de Rouen(0'001'22)
    Le Musée des beaux-arts de Rouen valorise l'art depuis 1790. Ouvert en 1801, il a cherché à promouvoir les œuvres des artistes locaux comme Poussin et Géricault. 22 ans après son ouverture, il était considéré comme le plus complet de France après celui de Paris.
    La peinture laisse des traces visuelles d'une époque que l'on peut observer à travers l'intention de l'artiste. Visiter un musée permet de voyager dans le temps en contemplant les œuvres des artistes.
    Le musée s'est agrandi au fil du temps grâce à des donations exceptionnelles, devenant un musée riche en œuvres et en expositions.
    Le reportage se concentre sur les impressionnistes et leur regard sur Rouen au XIXe siècle, en explorant comment ces artistes ont capturé les transformations de la ville.
  • Le XIXe siècle et la révolution industrielle(1'222'27)
    La France fait face à une grande instabilité politique au XIXe siècle, tout en vivant une révolution industrielle qui bouleverse les perceptions et les regards de tous.
    • Développement des réseaux de chemin de fer et des canaux fluviaux • Essor des industries de sidérurgies, de mines et de textiles • Flux de populations vers les villes pour fournir de la main-d'œuvre aux industries
    La ville de Rouen voit son paysage s'industrialiser suite à la création de la première ligne de chemin de fer jusqu'à Paris, transformant son apparence et son économie.
    Ces changements sociaux et industriels laissent des traces dans l'histoire et sont reflétés dans les œuvres des artistes de l'époque qui évoluent avec leur temps.
  • Qu'est-ce que l'impressionnisme(2'274'01)
    L'impressionnisme est un mouvement artistique apparu à la fin du XIXe siècle qui marque un changement en histoire de l'art en rompant avec la conception très académique de l'art.
    Certains peintres ont cessé de représenter le monde à travers des codes très classiques et réalistes pour adopter une liberté dans la représentation du monde tel qu'ils le perçoivent.
    • Ne provient pas d'un coup de génie d'un seul peintre visionnaire • Prend ses racines dans l'histoire de l'art et ses complexités • Résulte des changements brutaux induits par la révolution industrielle
    La photographie transforme la manière de représenter le monde en capturant l'instant figé dans le temps, poussant les peintres à se concentrer sur la lumière, la couleur et le mouvement que la photographie en noir et blanc ne permet pas de capturer.
  • Les nouveaux sujets et techniques impressionnistes(4'015'14)
    Les peintres abandonnent les scènes historiques, les personnages historiques et les scènes mythologiques pour évoquer des sensations et des sentiments de la vie quotidienne.
    • Les chemins de fer, les ports et les tramways • La vie qui s'agite et le mouvement de la brume au petit matin • La percée du soleil et son reflet dans l'eau
    Le tableau « Impression, soleil levant » de Claude Monet, peint vers 1872, représente le port du Havre dont l'activité portuaire et industrielle passionne le peintre et donne son nom au mouvement impressionniste.
    Les tableaux de William Turner servent d'inspiration pour les peintres français qui commencent à chercher de nouveaux sujets de prédilection dans leurs toiles.
  • Claude Monet et Rouen : la cathédrale(5'145'44)
    Claude Monet vient séjourner 4 fois à Rouen entre 1872 et 1893, attiré par l'atmosphère particulière de la ville avec sa lumière brumeuse du matin et ses lumières tardives de la journée.
    La cathédrale Notre-Dame de Rouen devient le sujet principal de Monet après ses débuts au port. Il peint notamment « Vue générale de Rouen » où elle s'impose majestueusement, puis produit une série majeure intitulée « Cathédrales ».
    Monet voit dans la cathédrale toute sa richesse, sa complexité et son ambition, y passant de longues heures pour la peindre et créant des pièces majeures de son œuvre.
    La série des Cathédrales remporte un grand succès et attire les amateurs d'art. Elle aurait été commandée par François Depeaux, qui a su gagner la confiance de Monet.
  • Rouen industriel et portuaire(5'448'33)
    Rouen bénéficie depuis plusieurs siècles d'une tradition du textile, attestée depuis le XIIe siècle. Le frère de Claude Monet, Léon Monet, devient en 1892 directeur d'une importante usine de produits tinctoriaux à Maromme, au nord de Rouen.
    • Invitation de son frère Léon Monet • Accès facile depuis Paris suite au développement du chemin de fer • Atmosphère unique où s'allient l'ancien héritage du Moyen-Âge et la modernité industrielle
    Le port de Rouen offre à Claude Monet un terrain idéal pour peindre, accueillant des cargos à trois mâts et témoignant d'une activité intenseque Monet capture dans des œuvres comme « Chasse-marée à l'ancre », « La Seine à Rouen » et « Les déchargeurs de charbon ».
    • Utile pour le commerce jusqu'à Paris vers 50 avant notre ère • Centre de commerce avec les Antilles, le Canada et les Pays-Bas entre le XVe et XVIIIe siècles • Point stratégique dans le commerce et l'industrie du textile au XIXe siècle
  • Camille Pissarro et l'école de Rouen(8'3310'44)
    Camille Pissarro est considéré comme le peintre de Rouen, le maître. Bien qu'il ne séjourne que 4 fois à Rouen, il y peint 78 tableaux.
    • La vie qui s'agite sur les quais et dans les eaux du port • La gravure « Ouvriers sur le port » représentant des hommes accrochant une corde • Les tableaux « Sur le Pont de Boieldieu » témoignant de la vie grouillante du pont et des usines avoisinantes
    De son hôtel, où il reste très peu en raison de problèmes oculaires le poussant à peindre en intérieur, il peint sans cesse les rues à proximité comme la rue de l'Épicerie.
    À travers ses œuvres, on peut voir la ville se transformer sous différents points de vue : l'effervescence de Rouen sous le soleil comparée à la même vue en fin d'après-midi, et des rues du centre historique comme la rue Saint-Romain qu'il défend contre la démolition en 1900.
  • François Depeaux, mécène et collectionneur(10'4413'02)
    François Depeaux est un grand homme d'affaires qui reprend le commerce familial d'importation de charbons et fait partie de la haute bourgeoisie rouennaise. C'est le mécène, collectionneur et passionné des peintres de Rouen.
    • Organise des dîners mondains où il invite les artistes qui séjournent à Rouen • Collabore étroitement avec le marchand d'art Durand-Ruel • Achète les œuvres de Monet, Sisley, Renoir et Degas
    François Depeaux constitue une véritable collection d'art comportant jusqu'à 310 numéros, dont 181 peintures. Dès 1903, il souhaite faire une donation d'une partie de sa collection à la ville de Rouen.
    Une procédure de divorce avec son épouse force à vendre la collection aux enchères en 1903. Depeaux mandate Durand-Ruel pour acheter les œuvres importantes. Sur 245 pièces, il en récupère seulement 53, mais quelques années plus tard, il re-propose généreusement sa collection au musée qui l'accepte. Aujourd'hui, une salle porte son nom.
  • L'école de Rouen et les quatre mousquetaires(13'0214'09)
    L'Académie de Sciences, Belles-lettres et Arts de Rouen considère l'impressionnisme comme une dégénérescence et cherche à préserver ses artistes de ce mouvement.
    • Charles Angrand • Léon-Jules Lemaître • Charles Fréchon • Joseph Delattre
    Ces artistes partagent une sensibilité s'apparentant à l'impressionnisme en plein air développé par Monet et Pissarro, mais se concentrent davantage sur le pittoresque de la ville plutôt que sur la vie moderne.
    • Faubourgs industriels • Petites ruelles paisibles • Jardins ouvriers dépeignant un Rouen provincial • Port de la ville comme dans « Fenaison dans les prairies Saint-Gervais »
  • Organisation et communauté artistique(14'0914'27)
    Peu soutenus par les Salons académiques, les peintres de l'école de Rouen organisent eux-mêmes leurs expositions, notamment dans la vitrine du marchand de couleurs Legrip.
    Les quatre mousquetaires se regroupent autour d'un cercle littéraire appelé La Cafetière, comprenant quarante membres et partageant leurs pratiques et idées sur les différentes formes de l'art.
    En 1896, Joseph Delattre crée l'Académie libre de la rue des Charrettes, dont le but est d'enseigner la peinture en plein air. L'un de ses élèves les plus assidus est Robert Pinchon.
    Robert Pinchon ouvre la voie à la pérennité de l'impressionnisme rouennais avec une tendance au fauvisme, allant encore plus loin que l'impressionnisme et laissant présager un intérêt vers les arts d'avant-garde.
  • Importance de Rouen dans l'histoire de l'art(14'2715'47)
    L'école de Rouen apporte la preuve que les maîtres peintres ne siègent pas tous à Paris et que le savoir-faire peut trouver sa place dans les villes de province.
    • À cette époque, beaucoup de clubs ont fait leur apparition en Europe • Regroupent les artistes en communautés qui s'interrogent sur les différentes formes de l'art et ses critiques • Partagent les pratiques et les idées artistiques
    La Première Guerre mondiale porte un coup d'arrêt au mouvement rouennais, mais en parallèle s'organise en Grande-Bretagne la première exposition rétrospective intitulée « L'école de Rouen et ses peintres ».
    L'école de Rouen appuie l'influence majeure de la ville dans l'histoire de l'art et l'importance des artistes de province dans ce domaine.
  • Conclusion et invitation au musée(15'4716'30)
    L'histoire de l'art de Rouen est une sacrée histoire, mêlant histoire urbaine, innovation artistique et contributions de peintres majeurs.
    Pour se renseigner davantage sur l'histoire de la ville de Rouen et celle de ses peintres, il est possible de visiter le Musée des beaux-arts de Rouen.
    Depuis 2016, les collections permanentes du musée sont accessibles gratuitement au public, démocratisant l'accès à l'art et à l'histoire.
    Cette accessibilité gratuite est certainement ce qu'aurait adoré François Depeaux, qui s'était engagé à faire don d'une partie de sa collection à la ville.