
140 tonnes, 12 hommes d'équipages, 4 tourelles...ces tanks sont énormes !
6 chapitres
- Introduction aux chars géants françaisContexte historiqueFace aux tranchées et fortifications envahissant le champ de bataille depuis la fin de la guerre de mouvement, les militaires et ingénieurs français réfléchissent à l'idée d'un char géant dès la Première Guerre mondiale pour trouver une solution permettant la rupture du front.Évolution technologiqueMême si le gigantisme de certains chars prête à sourire, ils avaient à l'époque un réel intérêt d'emploi et leur développement a permis des avancées technologiques qui servent encore sur les chars actuels.Objectif de l'épisodeFaire un petit tour des tanks géants français et découvrir les projets ambitieux de rupture ou de forteresse destinés à attaquer des positions fortement protégées.Comparaison avec l'AllemagneContrairement à une idée reçue, la production de tanks géants n'est pas réservée aux Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale, mais a été aussi développée en France dès la Première Guerre mondiale.
- Le FCM 1A : le premier géant françaisProblématique militaireL'aspect du champ de bataille et sa fortification constante poussent les militaires et ingénieurs à trouver une solution innovante pour traverser le no man's land hérissé de tranchées de plus en plus larges et d'obstacles empêchant la progression des chars.Spécifications techniques• Poids : 41 tonnes • Longueur : 8,35 m, largeur : 2,84 m, hauteur : 1,98 m • Moteur Renault de 200 ch • Blindage avant : 35 mm à l'avant et sur la tourelle, 20 mm sur les côtés, 15 mm sur le plancher • Armement : obusier court Schneider de 105 mm et deux mitrailleuses HotchkissPerformances et testsTesté en décembre 1917, le FCM 1A atteint une vitesse de pointe de 6 km/h en tout terrain, franchit les obstacles sans problèmes, exécute bien les exercices de tirs, mais rencontre des difficultés dans les virages.Rejet du projetMalgré tous les avantages et les tests réussis, le char n'est pas adopté pour la production en série car considéré comme un char test servant de base pour la création d'un modèle de série, le Général Estienne trouvant sa forme vicieuse.
- Le FCM 2C : un mastodonte de 68 tonnesConception et objectifsLe FCM 2C reprend le cahier des charges du FCM 1A avec des capacités de franchissement accrues, une bonne protection, une grande puissance de feu et la capacité d'être transporté sur voie ferrée, conçu pour remplacer les chars moyens et légers dans les offensives finales de 1918-1919.Caractéristiques impressionnantes• Poids : 68 tonnes, équivalent au Tigre royal de la Seconde Guerre mondiale • Longueur : 10,37 m, largeur : 2,95 m, hauteur : 4,05 m • Armement : canon de 75 mm et quatre mitrailleuses Hotchkiss de 8 mm • Équipage : 12 hommes • Moteurs : deux Mercedes ou deux Maybach de 250 ch chacun, vitesse maximale 12 km/hProduction limitéeCommandé à 300 exemplaires début 1918, le projet est freiné par l'armistice et seules 10 unités sont finalement produites entre 1919 et 1923, un chiffre très éloigné de la commande d'origine.Rôle et limitationsLe 2C devient surtout un outil de propagande largement mis en avant dans les films et affiches de l'entre-deux-guerres, mais s'avère être un gouffre financier avec un taux de disponibilité très bas, une consommation de 13 litres par kilomètre et un poids rendant impossible son dépannage autrement que par un autre 2C.
- Le FCM 2C en campagne : fin tragiqueDéploiement initialÀ la veille de la Seconde Guerre mondiale, huit chars 2C sur dix construits subsistent et sont regroupés au sein du 511e Régiment de Chars de Combats à Verdun, avec pour mission de contribuer à percer la ligne Siegfried.État de déploiementLes chars 2C ne sortent que très rarement de leurs hangars et ne sont clairement pas en état de faire campagne, beaucoup présentant des problèmes mécaniques ou vibrant anormalement, ce qui rend les équipages pessimistes pour les mouvements à venir.Trajet cauchemardesque• Octobre 1939 : voyage laborieux vers Briey via voie ferrée avec risques constants de pannes • Mai 1940 : déplacement vers la forêt pour éviter les bombardements • Juin 1940 : route vers Neufchâteau interrompue par des bombardements répétés et des problèmes logistiques • La voie ferrée est coupée à plusieurs endroits, le personnel ferroviaire s'est enfui et un incendie s'est déclaré dans un wagon précédent les charsDestin finalFace à une situation inextricable, les officiers décident de saborder les chars et de sauver les équipages, mettant fin à la carrière peu reluisante du 2C d'un point de vue militaire, bien qu'un char nommé Champagne soit récupéré quasi-intact par les Allemands et emmené à Berlin en trophée.
- Le FCM F1 : 140 tonnes de char de forteresseCahier des charges ambitieuxEn 1936, la commission chargée du programme de chars planche sur un nouveau cahier des charges exigeant moins de 45 tonnes, une cuirasse en acier laminé soudé, un moteur avec 10 ch par tonne, une transmission moderne et électrique, un canon de 75 mm et de mitrailleuses, tous destinés à la guerre en région fortifiée.Projets présentés• ARL char C : 146 tonnes, divisible en deux parties, équipé d'un 90 mm raccourci et d'un 47 mm, blindage maximum 120 mm • AMX tracteur C : plus de 100 tonnes, projet rapidement abandonné • FCM F1 : retenu pour la production en sérieCaractéristiques du F1• Poids : 140 tonnes, double du char 2C • Longueur : plus de 10 m, largeur : peu plus de 3 m, hauteur : 4,20 m • Blindage : 120 mm sur la face frontale et jusqu'à 100 mm sur les côtés • Deux tourelles : l'une arrière armée d'un 90 mm à haute vélocité, l'une avant avec 47 mm et 4 mitrailleuses • Deux moteurs pétroléo-électrique de 550 ch chacunSort du projetCommandé à 12 exemplaires en avril 1940, la production est mise en stand by en mai 1940 suite aux revers de la campagne de France, et le char FCM F1 restera au stade de maquette grandeur nature, ne voyant jamais la ligne Siegfried.
- Héritage et conclusionÉvolution post-guerreAprès la Seconde Guerre mondiale, la France continue de penser, concevoir et produire des chars lourds mais jamais aussi imposants que les 2C ou le FCM F1.Évaluation historiqueSi ces maxi chars avaient de l'intérêt à leur époque, ils représentent surtout une débauche de moyens et d'énergie considérables pour finalement ne jamais voir le front et rester largely ineffectifs militairement.Valeur anecdotiqueCes projets offrent de chouettes anecdotes à raconter et restent une prouesse technique et industrielle remarquable de la France.Leçon stratégiqueLes chars géants français illustrent que le gigantisme n'est pas toujours la réponse aux défis militaires, et que les solutions techniques ne garantissent pas le succès opérationnel ou tactique.





